Alto




L'alto se tient comme le violon, coincé sous le menton, mais il est légèrement plus grand, et son timbre, plus grave, est émouvant. On rapporte que, selon une ancienne tradition bretonne, les cortèges de mariage se déplaçaient au son du violon, alors que l'alto accompagnait les enterrements.

 





HISTOIRE

Baroque : XVIIe siècle
L'histoire de l'alto se confond avec celle du violon. En effet, jusqu'au XVIIe siècle, le mot "violon" désigne en réalité toute une famille instrumentale. Ainsi, "Les Vingt-Quatre Violons du Roi", premier orchestre permanent à la cour de Louis XIII (1620), sont constitués de six "dessus" (nos violons actuels), six basses, 4 hautes-contre (les altos), 4 tailles et 4 quintes.

Classicisme : XVIIIe siècle
Au cours des deux dernières décennies du XVIIIe siècle, les musiciens reconnaissent peu à peu la beauté particulière du timbre de l'alto ; Mozart et Haydn l'utilisent merveilleusement dans leurs quatuors à cordes.

Romantisme : XIXe siècle
Longtemps dans l'ombre du violon, qu'il accompagne, l'alto se voit confier au XIXe siècle des mélodies qui mettent en valeur son timbre chaleureux et mélancolique (”Harold en Italie”, de Berlioz, ”Don Quichotte”, de Richard Strauss).




Article de Madamemusique :

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Alto de Louis Guersan (paris, 1753) et contrebasse de Jacques Lafleur (paris, fin du XVIIIe siècle), Musée instrumental du C.N.S.M.

L’alto est injustement le moins reconnu des instruments de la famille des cordes frottées. Sa présence est pourtant indispensable notamment au sein de l’orchestre et du quatuor, outre ses qualités de soliste. Il est le trait d’union entre le grave et l’aigu constitué par les trois autres instruments de cette famille. On compte trop peu d’œuvres mettant en valeur l’instrument en tant que soliste, ainsi que son timbre particulier, à la voix rauque et mélancolique.
Sa présence date du XVIe siècle, où il est alors noyé dans la masse des violons, et la première représentation de l’instrument est due à Ferrari (coupole de Saronno).
Au siècle suivant, il est intégré aux parties (Il existe alors 3 sortes de violons dans le registre médian : les hautes contres, les tailles et les ténors, puis les quintes). Ces voix sont destinées au simple remplissage harmonique, que Lully ne se donne même pas la peine d’écrire dans ses opéras, la partie étant confiée aux élèves.
Le premier à donner un rôle à l’alto est Jean-Sébastien Bach, dans son 6e concerto Brandebourgeois (1721), puis Telemann lui dédie un concerto, un autre pour deux altos et une ouverture de concert.
Puis on ne l’entend plus avant 1760, avec le succès de la sonate pour un ou deux dessus et basse, dans laquelle sa présence est inutile.
A la fin du siècle, il suscite un regain d’intérêt dont on peut voir la marque dans les peintures.

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Dessin de Manozzi (Ecole Italienne, 1592-1636)
Parmi les œuvres les plus marquantes de cette période, la Symphonie Concertante pour violon et alto de Mozart (video), celle de Stamitz, et le Concerto pour alto et contrebasse de Von Dittersdorf.


Mozart's Symphonie Concertante pour violon et alto - Allegro Maestoso, 2e mouvement. Les Solistes de Versaille. direction: Bernard LeMonnier. Violon - Beatha Halka. Alto – 

Mais ce n’est pas encore l’heure de la célébrité pour l’alto.

Le XXe siècle affiche encore un engouement considérable pour le violon et le le violoncelle. Berlioz réserve bien une partie de soliste à l’alto dans Harold en Italie (1834), écrite à la demande de Paganini qui venait d’acquérir un alto de Stradivarius, ou encore dans La Damnation de Faust (1846, ritournelle des romances de Marguerite et du roi de Thulé). Schumann lui dédie les Contes de fées et Brahms ses deux dernières sonates (pour clarinette ou alto, op 115 et 120, 1895). Mais le répertoire se limite à cela.

Robert Schumann - Fairy Tales for Alto et Piano: Yuri Bashmet (Alto) Mikhail Mutian (Piano) - Moscou 1989 





Brahms Viola Sonata - Dimitri Murrath Dimitri Murrath (viola) and Vincent Planès (piano) perform Brahms Sonata in E-flat major, Op. 120 No.2 1st movement, Allegro amabile.




Par contre, dans les partitions de musique de chambre, ses interventions deviennent plus importantes chez Beethoven, Mozart ou Brahms (quatuors, quintettes à 2 altos, sextuors).
C’est à la fin du XXe siècle qu’il connaît enfin son essor avec deux compositeurs allemands : 
Strauss lui confie le rôle de Sancho Pança dans Don Quichotte (1898), et Hindemith, altiste du quatuor Amar, écrit pour lui 21 de ses œuvres. A leur suite, Honegger, Bloch, Khatchaturian, Enesco et Bartok lui assurent un répertoire personnel, pour le reste il emprunte des œuvres à ceux du violon ou du violoncelle.


Description et technique
Plus grave que le violon d’une quinte, plus aigu que le violoncelle d’une octave, l’alto se situe à mi-chemin de ces instruments par l’accord, la tessiture, la taille et la sonorité. La longueur de caisse varie entre 38 et 43-44cm. Les hauteurs d’éclisses suivent en proportion. Le plus anciens instruments conservés datent de la fin du XVIe siècle et sont de grand format (Salo et Amati, 1574, Ashmolean Museum, Oxford). Après 1660, leurs dimensions se réduisent. Stradivarius montre, dans ses onze altos, la même hésitation : 41 cm pour celui qui est surnommé le Mac Donald, 47, 9 cm pour Le Toscan. On trouve encore au XIXe siècle de grands modèles : Vuillaume construit un « contralto » de 54 cm en 1855 ; celui de hans Ritter (48cm) est utilisé à Bayreuth, entre 1872 et 1875.
Si au XVIIIe siècle les variations de longueur correspondaient aux trois instruments du registre médian, au XIXe siècle, elles trahissent pour leur unique descendant des recherches de sonorités. Les grands altos ont profondeur et puissance, mais sont difficiles à jouer. Les petits ont un son plus discret, plus clair, qui se distingue moins du violon au sein du quatuor. La longueur courante se stabilise entre 40 et 42 cm selon la taille de l’artiste. Le timbre de l’instrument accuse une certaine opposition entre les cordes graves, pleines et rondes et la chanterelle, d’un éclat un peu âpre. La technique ne diffère guère dans son principe de celle du violon et beaucoup d’altistes ont auparavant étudié le violon. La tenue est moins horizontale, en raison du poids et de la longueur de l’instrument.
Après la création de la classe d’alto au conservatoire de paris par Laforge, en 1894, trois hommes l’ont fait connaître du grand public : Maurice Vieux en France, Tertis en Angleterre, qui a lancé un modèle très grand, construit par Richardson (1937), et enfin aux USA, Primrose. Tous ont été des pédagogues, des solistes et ont suscité la création du répertoire moderne.


William Primrose joue le premier mouvement du concerto pour alto viola de Walton: andante comodo