728x90 AdSpace

  • Actualités

    vendredi 3 novembre 2017

    BIRDLAND - WEATHER REPORT (1977)


    1. Le groupe et ses musiciens



    Joe Zawinul fondera Weather Report avec le saxophoniste Wayne Shorter ainsi que le bassiste et contrebassiste Miroslav Vitous. De tous les groupes de fusion, Weather Report fut le plus inventif. Joe Zawinul (piano/claviers) et Wayne Shorter (saxophone ténor) le dirigeaient ensemble.
    Groupe emblématique d’une époque où tout semblait possible. On y croise quelques-uns des meilleurs musiciens de ces cinquante dernières années. Sa musique n’a pas pris une ride, et son pouvoir de fascination est toujours aussi grand.


    Evolution du groupe :







    1.1 Joe Zawinul



    Automne 1944 : la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe est à quelques mois et des milliers de bombes alliées tombent sur Vienne, en Autriche. Au prestigieux conservatoire de Vienne, un pianiste de douze ans nommé Josef Erich Zawinul est parmi les 28 étudiants évacués vers un vaste domaine dans la région des Sudètes tchèque, où ils continueront leurs études tout en obligeant à supporter une vie régimentée qui comprend une formation militaire sous la Direction des officiers allemands SS blessés. C'est là que Zawinul entend le jazz pour la première fois quand un collègue réalise une version de “Honeysuckle Rose”.
    Dans les années qui suivirent immédiatement la guerre, l'Europe sent l'influence de l'occupant des Américains et l'intérêt grandissant de Zawinul pour le jazz. Il devient un musicien professionnel jouant dans des clubs sur des bases militaires américaines, il devient un fan de la Radio des forces armées et il devient un lecteur du magazine Down Beat où il voit une publicité pour la Berklee School of Music. En 1958, Zawinul reçoit une bourse pour Berklee et, le 2 janvier 1959, Zawinul embarque un navire de mer pour l'Amérique avec 800$ (= 6000$ en 2010) dans sa poche. Cinq jours plus tard, le navire arrive à New York et le tour de la ville de Zawinul commence au 1678 Broadway, coin de la 52ème rue, connu sous le nom de « The Jazz Corner of the World » : l'emplacement du club de jazz le plus célèbre au monde, le Birdland. Le lieu fêtait son 10ème anniversaire lorsque Zawinul l’a visité pour la première fois. C’est aussi dans ce club qu’il a rencontré sa femme Maxine.
    Il ne tarde pas à partir en tournée avec l’orchestre de Maynard Ferguson. Il rejoint ensuite Cannonball Adderley pour qui il écrit “Mercy mercy mercy” qui connaîtra un énorme succès. Peu après l’enregistrement de l’album « In a silent way » de Miles Davis, Zawinul fondera Weather Report avec le saxophoniste Wayne Shorter ainsi que le bassiste et contrebassiste Miroslav Vitous.
    Evitant les facilités, l’ensemble restera le plus pur de tous les groupes électriques, Zawinul y jouant de plus en plus un rôle moteur.
    Pendant une quinzaine d'années, le groupe connaît un immense succès, multipliant les ouvertures vers différents courants et au-delà de toute étiquette. L'aventure prendra fin suite au décès de Jaco Pastorius.
    En 1986, Zawinul monte un nouveau groupe, Weather Update, mais cette fois-ci le public ne le suit pas et c'est un échec.
    En 1987, sous le nom de Joe Zawinul Syndicate, le musicien crée une autre structure avec laquelle il enregistre nombre d'albums et se produit en concert dons le monde entier avec des musiciens de très haut niveau.


    1.2 Jaco Pastorius



    Difficile, voire impossible d’imaginer Weather Report sans Jaco Pastorius. Le son, le groove, la virtuosité, les compositions, les arrangement, le charisme et le sens du spectacle de ce bassiste prodige ont marqué l’histoire du groupe à jamais.
    Au milieu des années 1970, Jaco Pastorius révolutionna la fonction et le son de la guitare basse dans l’orchestre.
    Jaco Pastorius a été un des premiers joueurs de guitare basse à utiliser les harmoniques artificiels, dans sa composition Portrait of Tracy”, chef-d'œuvre mariant magistralement harmoniques naturels et harmoniques artificiels utilisés en arpège et en accord, et dans son introduction de Birdland de Weather Report.


    La révolution conduite par Jaco Pastorius est comparable à celle par laquelle, quinze ans plus tôt, Scott LaFaro ouvrait les voies de l’improvisation interactive à la contrebasse. Dans les faits, cette révolution peut être ramenée aux quelques caractéristiques suivantes de son jeu :


    1. Capacité de passer à tout instant d’un groove solide à des échappées mélodiques d’une grande finesse.
    2. Exploitation sur la basse électrique d’un potentiel encore inexploré : jeux en accords, jeu en harmoniques, notes mortes (ou notes fantômes – ghost notes – étouffées sans hauteur précise).
    3. Dynamique jusque-là étrangère à l’instrument, du pianissimo au triple forte.
    4. Manche fretless (suppression des barrettes qui divisent habituellement le manche des guitares et des basses électriques) combiné à une précision d’attaque de la main droite, tantôt moelleuse tantôt staccato, au profit d’une palette sonore permettant une meilleure intégration dans l’orchestre.
    5. Placement dans la section rythmique souvent devant le temps (Pastorius fut batteur à ses débuts) et double sensation de nervosité et de souplesse rythmique.
    6. Lyrisme et inventivité des parties solistes servie par une virtuosité permettant de couvrir une grande tessiture. (L’usage des cordes à vide lui permettait aussi de fulgurants changements de positions).


    2. L’album Heavy Weather (1977)



    Heavy Weather est le septième album studio du groupe Weather Report sorti en 1977 sur le label Columbia. Le quintet intègre notamment Jaco Pastorius, son deuxième album avec le groupe après Black Market et le premier sur lequel il joue sur l'ensemble des titres. L'album débute par Birdland, devenu un standard de jazz. L'album est devenu un incontournable pour les bassistes car il y a sur cet album trois grands classiques de Jaco Pastorius : Birdland, Teen Town et Havona.
    Les séances d'enregistrement se sont déroulées en octobre 1976 au Devonshire Sound Studios à Hollywood (Californie) :
    • Joe Zawinul — 2 ARP 2600, Rhodes, piano à queue Yamaha, Oberheim, voix, melodica, guitare, tabla
    • Wayne Shorter — Saxophones
    • Jaco Pastorius — Basse électrique, mandocello, voix, batterie (sur Teen Town), steel drums
    • Alex Acuña — Batterie, congas, claps
    • Manolo Badrena — Tambourin, congas, voix, timbales, percussion


    3. Le titre Birdland



    Birdland est une composition instrumentale de Joe Zawinul, claviériste de Weather Report, qui a été jouée pour la première fois sur l'album Heavy Weather en 1977.
    C'est un morceau de jazz fusion, qui a rencontré un succès commercial inhabituel et est devenu un standard de jazz, en entrant dans le répertoire de beaucoup de groupes, notamment Buddy Rich, le grand orchestre de Maynard Ferguson et The Manhattan Transfer, qui a enregistré une version vocale sur des paroles de Jon Hendricks. Cette version connut un tel succès qu'elle est devenue « l'indicatif musical » du groupe The Manhattan Transfer. En 1989 Quincy Jones a également réuni une pléiade de musiciens jazz dont Ella Fitzgerald, Miles Davis, George Benson... sur son album Back on the block afin d’interpréter une reprise.
    La version originale est facile à reconnaître, grâce à son introduction en harmoniques artificielles jouée par le bassiste Jaco Pastorius.
    Le nom du morceau vient de celui du club de jazz de New York Birdland, dans la 52ème Rue ; qui vient lui-même du surnom Bird (l'oiseau) qui avait été donné au saxophoniste de jazz Charlie Parker. Ce morceau est un hommage à Charlie Parker et aussi au club que Joe Zawinul a beaucoup fréquenté alors qu'il était un jeune musicien (et où il a rencontré sa future femme Maxine).





    Les récompenses obtenues :


    • Grammy Nomination, Best Instrumental Composition (1978 ceremony)
    • Grammy Nomination, Best Jazz Soloist, Jaco Pastorius, Heavy Weather (1978 ceremony)
      • #1 au classement Billboard Jazz Albums (1977)
      • #30 au classement Billboard 200 (1977)
      • #33 au classement Billboard Top R&B Albums (1977)
    • Jazz Album of the Year and Jazz Group of the Year at the 42nd Down Beat Readers Poll
    • Record of the Year at the Jazz Forum People's Poll
    • Swing Journal's Silver Disc Award
    • Playboy's Jazz Record and Jazz Band of the Year
    • Record World's Instrumental Group of the Year
    • Cash Box's Record of the Year


    D’autres artistes ont été récompensé avec leur propre version :


    • The Manhattan Transfer — Grammy Award for Meilleure performance de Jazz Fusion (1981)
    • Janis Siegel (de The Manhattan Transfer) — Grammy Award pour le Meilleur arrangement de Jazz Vocal pour 2 voix et plus (1981)
    • Quincy Jones — Grammy Award pour le Meilleur arrangement instrumental (1991)

    C'est la basse de Pastorius qui donne le ton ; globalement, la part de compositionnel reste prioritaire sur la part d'improvisation - et ce relatif effacement de l’improvisation scellera la mort de Weather Report (et, à plus grande échelle, celle du jazz-rock).



    3.1 L’instrumentation



    Le titre Birdland renoue avec la tradition d’entertainement des big bands des années 30 et constitue un hommage non dissimulé au jazz dans toute son histoire. Il sera un formidable succès.




    3.1.1 Le synthétiseur ARP 2600



    ARP 2600 est un synthétiseur semi-modulaire monophonique commercialisé entre 1971 et 1981 par la société américaine ARP.
    Version portable du 2500, un puissant synthétiseur modulaire de recherche, le 2600 se distingue par la possibilité de router les différents modules électroniques grâce à des cordons Jack. L'utilisateur peut toutefois s'en servir sans avoir à relier les éléments.
    Trois versions se succédèrent pendant les dix années de production. De nombreuses modifications ont été apportées. Tout d'abord, à la suite d'un contentieux avec Moog, ARP a dû modifier son module de filtrage. Le filtre d'origine a été considéré par le bureau des brevets comme une copie du célèbre filtre Moog. Il se caractérise par un son à la fois rond et puissant, avec une résonance audible jusque dans le haut du spectre. Les versions suivantes ont un son moins large, avec moins de présence dans les basses et surtout une résonance qui s'efface dans les hautes fréquences. Le clavier quant à lui a été amélioré dans les dernières versions, et est devenu duophonique.




    3.1.2 Le synthétiseur Oberheim 8 voix



    L’Oberheim polyphonique est un synthétiseur analogique qui a été produit de 1975 à 1979 par la firme Oberheim Electronics. Il a été développé par Tom Oberheim et a été le premier synthétiseur de production capable de jouer des accords.
    Malgré leur coût de maintenance et leur rareté, les synthétiseurs polyphoniques d'Oberheim sont toujours appréciés par de nombreux musiciens aujourd'hui pour leur « épaisseur » et « profondeur » sonore inégalée.
    Le son de “Birdland” est largement dû à l'utilisation par Zawinul de ce synthétiseur polyphonique qui avait été dévoilé lors de l'exposition de la National Association of Music Merchants de Juin 1975. Oberheim était “particulièrement fier” de la façon dont Zawinul utilisait le synthétiseur sur “Birdland”.








    3.2 L’organisation et les thèmes



    Minutage
    Parties
    Caractéristiques
    Description
    00:00
    INTRO
    12 mesures
    Texture : monophonique
    Phrase jouées 3 fois par des notes basses du synthétiseur Arp 2600.
    00:18
    A
    16 mesures
    Texture : polyphonique
    thème joué 4 fois par la guitare basse en notes harmoniques (3è et 4è fois à l’octave supérieure), avec le piano qui harmonise le thème. Accompagné par le synthé Arp 2600 qui répète les notes basses de l'intro, le tambourin jouant des doubles croches régulières et la cymbale charleston, frappée à la baguette, ouverte sur les temps faibles, fermée sur les temps forts.
    00:43
    B
    “fanfare”
    8 mesures
    Texture : polyphonique
    thème joué au piano, saxophone ténor et synthétiseur Oberheim, accompagnés par la guitare basse jouant une ligne mélodique différente.
    00:55
    C1
    24 mesures
    Texture : homophonique
    note pédale de tonique (Sol) : basse du synthétiseur Arp 2600.
    01:01
    thème joué à l'unisson par le synthétiseur Oberheim et le piano, répété 5 fois. Le synthé Arp 2600 laisse résonner des notes dans le registre grave.
    01:19
    Le synthé Arp 2600 soutient le thème avec une ligne mélodique ascendante (rappelant l'intro en valeurs étirées).
    01:31
    C2
    18 mesures
    Texture : polyphonique
    thème joué au saxo ténor dans le registre aigu avec le synthé Oberheim, accompagné par des notes tenues de la guitare basse et des accords de piano.
    01:51
    C2 se termine par un passage très funky avec la guitare basse et le piano.
    01:59
    D
    thème principal
    16 mesures
    Texture : polyphonique
    1. voix, piano, sax soprano
    2. idem + synthé Oberheim
    02:24
    8 mesures
    Texture : polyphonique
    3. le synthé Oberheim joue la mélodie harmonisée avec eux.
    02:36
    E
    20 mesures
    Texture : homophonique
    Passage détendu avec guitare basse, synthé Arp 2600 et cymbale charleston jouant sur une note bourdon (de tonique)
    02:49
    nouveau matériau mélodique joué par le synthé dans les notes graves.
    03:07
    F
    “climax”
    14 mesures
    Texture : chromatique
    7 descentes chromatiques successives de 8 accords jouées par le piano, la guitare basse et le synthé Oberheim auxquels répondent des improvisations du saxo ténor et des ponctuations très aiguës, dissonantes et staccato du piano.
    03:29
    transition
    4 mesures
    Texture : homophonique
    Le mandoloncelle fait entendre un riff (si do# si) mettant en valeur la 11ème augmentée sur l’accord G7. Le saxophone répondant par un riff blues pentatonique descendant.
    03:35
    A
    16 mesures
    Texture : polyphonique
    Réexposition du thème du début à la guitare basse en notes harmonique pendant que le saxophone ténor lui répond.
    03:47
    Arp 2600 répète l'intro sous la mélodie de la guitare basse
    03:53
    synthé et saxo ténor brodent le thème en contrechant toujours accompagnés du Arp 2600 jouant le thème de l'intro.
    03:59
    B
    “fanfare”
    8 mesures
    Texture : polyphonique
    Retour de la fanfare. Thème éclatant, brillant. Comme un big band.
    04:11
    C
    8 mesures
    Texture : homophonique
    piano et synthé Oberheim.
    04:24
    D
    thème principal
    24 mesures
    Texture : polyphonique
    Retour du thème principal joué au saxo, piano et synthé, accompagné par des fioritures de la guitare basse, des claquements de mains sur tout les temps faibles, le tambourin qui joue les triples croches et la cymbale charleston frappée à la baguette, ouverte sur les temps faibles, fermée sur les temps forts.
    05:00
    24 mesures
    Texture : polyphonique
    solo de synthé
    05:31
    16 mesures
    Texture : polyphonique
    solo de synthé  + fade out







    • Blogger Comments
    • Facebook Comments

    0 commentaires:

    Enregistrer un commentaire

    Item Reviewed: BIRDLAND - WEATHER REPORT (1977) Rating: 5 Reviewed By: nicolas martello
    Scroll to Top