Mozart - Symphonie n°41 dite "Jupiter"







1er mouvement


Le mouvement pose d'emblée la tonalité péremptoire et solennelle d'ut majeur. L’alternance entre le fortissimo de l’orchestre et le jeu doux des violons prélude à la structure du mouvement. Après un thème secondaire qui répond aux appels héroïques du premier motif, une modulation en sol mineur intervient, rapidement dominée par le troisième thème dont l’air est emprunté à l’ariette de basse Un bacio de mano KV 541. La suite du mouvement développe ce contraste entre le galant et l'épique.

Dans ce mouvement, les différents thèmes sont bien marqués, souvent  annoncés par une mesure de silences. Ils sont toujours carrés et respectent la tradition classique de l'antécédent et du conséquent. Ils sont principalement donnés par les cordes frottées (les violons 1 et 2). Les bois font parfois des contrechants, les cuivres ont souvent des notes tenues ou des notes répétées (à l'époque, ils étaient limités car ils n'avaient pas de pistons).
Tout ce mouvement évoque la puissance rendue par la tonalité de Do Majeur, l'utilisation de nombreux rythmes  pointés, de petits motifs en triple croches... , mais aussi l'ordre, la symétrie et la rigueur.


2è mouvement

Ce mouvement lent, sans timbales ni trompettes, éloquent par le jeu calme et paisible des vents, exprime une divine sérénité, cependant troublée par l'intervention d'un ré mineur d'une profonde angoisse qui vient ajouter une intensité dramatique et un moment de réelle tension.
Un des thèmes a été repris par Joseph Haydn dans le mouvement lent de sa 98e symphonie, écrite peu après la mort de Mozart.

On retient :
- tempo : lent =  Andante cantabile
- tonalité : Fa Majeur
- caractère : intime, très expressif et chantant
- instrumentation : différente des autres mouvements car le caractère est différent. Les violons 1 et 2 ainsi que les altos doivent utiliser une sourdine. Pas de timbales ni trompettes et les cors en do sont remplacés par des cors en fa (il faut lire en clé d'ut seconde, quand il est écrit un do sur la partition, on entend un fa...).
- plan : sonate
   donc 3 parties : exposition  / développement / réexposition
   et 2 thèmes + une codetta

Dans ce mouvement, MOZART traite le plan sonate librement :
- il ne développe pas les 2 thèmes principaux dans son développement
- son développement est très court
- il développe par contre le Th A dans la réexposition
- il fait réentendre le Th A dans une coda, ainsi l'équilibre est préservé.


3è mouvement

Altier, le menuet privilégie le contrepoint qui préfigure le finale, au détriment de l'aspect dansant. La deuxième partie du second motif du trio annonce également le thème principal du finale.

Structure traditionnelle du menuet :

Sa structure binaire comme toutes les danses anciennes joue sur la proportion un tiers/deux tiers. Chaque partie est répétée, supportant alors quelques ornements supplémentaires. Dès que le premier menuet se termine, un second commence. On le nomme trio car souvent, il était écrit à trois voix, la basse se taisant lors son exécution. Le trio, plus lent et plus sentimental en général, adopte la même structure binaire et répétée. Suit alors le retour du premier menuet joué, cette fois, sans les reprises.

 Menuet I       Menuet II (Trio)     Menuet I (da capo)
A-A'/B-B' // C-C'/ D-D'   //  A / B

Le menuet n’était forcément plus dansé dans les oeuvres de Haydn et Mozart.
C’est sans doute l’une des raisons qui poussèrent les compositeurs à proposer des pièces de plus en plus stylisées et fantaisistes en continuant de les nommer menuet (ou menuetto). On constate alors un changement progressif de la forme binaire en forme ternaire dans laquelle la première partie du menuet (A) devient une sorte d’exposition de thème et la seconde (B) propose un bref développement de ce thème avant de le ramener en un semblant de réexposition. On le voit, la forme sonate cherche à intégrer la danse et insuffler progressivement une division en trois parties (A-B-A’).

A retenir pour ce menuet :
- tempo : Allegretto
- tonalité : DO Majeur
- caractère : spirituel et joyeux
- instrumentation : identique à celle du 1er mouvement  
- plan : en 3 parties, comme tout menuet

Menuet avec reprises / trio avec reprises / Menuet sans reprises

...mais avec l'intrusion du plan sonate monothématique  dans la 1ère et 3ème partie comme précisé ci-dessus.

Ce menuet est typique des menuets de symphonies classiques.
Il a conservé son caractère de danse mais sa structure est influencée par le plan sonate. Comme dans le 1er et 2ème mouvement de cette symphonie, il mêle habilement écriture contrapunctique et harmonique.


4è mouvement

Le finale est d'esprit classique par l’équilibre de sa construction et l'élégance de ses thèmes et d'esprit baroque par son contrepoint, hérité de J.-S. Bach. Il s'agit d'une forme-sonate comportant quelques sections fuguées. Le mouvement est construit sur un renversable de cinq thèmes peu originaux dont la maîtrise atteint des sommets, en particulier dans la strette qui conclue sur une apothéose triomphale.

Le dernier mouvement est une union, une synthèse tout à fait inédite entre le genre de la forme sonate et d'autre part le genre fugué (il y a une sorte d'imbrication de ces 2 techniques).
Ainsi, on n'aura plus un thème A et un thème B mais des groupes thématiques. Le groupe thématique A comporte plusieurs idées : A1 qui est en Do M et caractérisé par ses 4 rondes initiales, ce thème A1 a été amorcé dans le menuet (il y a donc un souci d'unité des mouvements de la symphonie), le thème A1 domine, reste principal par rapport aux autres éléments de A ; A2 est aussi en Do M et ce motif affirme très nettement les notes de la tonalité.
Ces 2 thèmes sont présentés de la façon suivante : d’abord un fugato à 5 entrées sur A1 seulement aux cordes, puis lorsque A1 a été présenté au fugato il y a un élément P (qui est un pont modulant) qui va mener à Sol M. Le pont modulant est traité en canon (des dessus et des basses). Ensuite, il y a A2 sur la dominante de la dominante (donc dans le groupe des thèmes A, il y a déjà un élément modulant et va permettre le passage au groupe des thèmes B). Le thème B, en Sol M, est une sorte de dessin renversé de A1 (avec un prolongement un peu différent) : ce thème B est exposé en même temps que sa diminution au hautbois. A1 est exposé en même temps que sa diminution au hautbois, en même temps qu’on entend A2 aux flûtes et P au basson : l’exposition de P se fait simultanément avec la «redite» des autres lignes (c’est donc une véritable polyphonie, un véritable contrepoint où tout se superpose). Tous ces éléments vont jouer dans une sorte de dialogue imitatif, dans une sorte de développement en quelque sorte qui est donc inclus à l’exposition. L’exposition est reprise.
On parvient ensuite au développement proprement dit qui lui aussi est une synthèse entre la fugue et les techniques de développement habituelles (à la Haydn) c’est à dire à la fois les imitations et à la fois les modulations.
La réexposition permet de nouvelles recherches mais c’est une vraie réexposition puisque globalement on reste en Do M (on évite désormais toute modulation). La réexposition n’est pas textuelle. A la suite de la réexposition, il y a une coda avec un dernier fugato (encore plus serré que le précédent) qui introduit A1, B, P puis A2.
Mozart reprend le développement et la réexposition (dans l’esprit de la forme binaire).


L’oeuvre est construite sans césure apparente (il y a un effort d’unité) : tout s’enchaîne de manière continue.