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    samedi 12 septembre 2009

    Ferré - Requiem



    Requiem figure pour la première fois dans l’album Je te donne, paru en septembre 1976 (le chanteur a 60 ans). Le terme Requiem fait référence à la messe des morts du culte catholique et de son incipit : Requiem æternam dona eis Dominum [Seigneur, donne-leur le repos éternel].

    Léo FERRE en fait un Requiem laïque.




    Définition du Requiem (tirée de Wikipédia)
    Le Requiem (du latin requiés signifiant repos) ou Messe de requiem, connu aussi en latin sous le nom de Missa pro defunctis ou Missa defunctorum est un service liturgique de l’Église catholique romaine. Cette messe est une prière pour les âmes des défunts et a lieu juste avant l’enterrement ou lors de cérémonies du souvenir. Ce service est parfois observé par d’autres Églises Chrétiennes comme les Églises Anglicane et Orthodoxe. Son nom vient des mots d’ouverture de l’Introït : Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis (donne-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière incréée les illumine).
    Requiem est aussi le nom de nombreuses compositions musicales utilisées lors du service liturgique ou comme pièce de concert. À l’origine, ces compositions musicales classiques de requiem étaient réellement jouées pendant le service funèbre avec des chants. Ce mode d’exécution est à présent rare.

    Le texte

    Pour ce rythme inférieur dont t’informe la Mort
    Pour ce chagrin du temps en six cent vingt-cinq lignes
    Pour le bateau tranquille et qui se meurt de Port
    Pour ce mouchoir à qui tes larmes font des signes

    Pour le cheval enfant qui n’ira pas bien loin
    Pour le mouton gracieux le couteau dans le rouge
    Pour l’oiseau descendu qui te tient par la main
    Pour l’homme désarmé devant l’arme qui bouge

    Pour tes jeunes années à mourir chaque jour
    Pour tes vieilles années à compter chaque année
    Pour les feux de la nuit qui enflamment l’amour
    Pour l’orgue de ta voix dans ta voix en allée

    Pour la perforation qui fait l’ordinateur
    Et pour l’ordinateur qui ordonne ton âme
    Pour le percussionniste attentif à ton coeur
    Pour son inattention au bout du cardiogramme

    Pour l’enfant que tu portes au fond de l’autobus
    Pour la nuit adultère où tu mets à la voile
    Pour cet amant passeur qui ne passera plus
    Pour la passion des araignées au fond des toiles

    Pour l’aigle que tu couds sur le dos de ton jeans
    Pour le loup qui se croit sur les yeux de quelqu’un
    Pour le présent passé à l’imparfait du spleen
    Pour le lièvre qui passe à la formule Un

    Pour le chic d’une courbe où tu crois t’évader
    Pour le chiffre évadé de la calculatrice
    Pour le regard du chien qui veut te pardonner
    Pour la Légion d’Honneur qui sort de ta matrice

    Pour le salaire obscène qu’on ne peut pas montrer
    Pour la haine montant du fond de l’habitude
    Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé
    Pour ces milliards de cons qui font la solitude

    Pour tout ça le silence.


    • Ce texte est constitué de huit quatrains d’alexandrins aux rimes croisées. C’est un poème d’offrande adressé à tout un chacun : aux innocents (Pour le cheval enfant qui n’ira pas bien loin, Pour le mouton gracieux le couteau dans le rouge), mais aussi au monde entier (Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé)... Qu’ils reposent en paix et pour eux Léo Ferré demande… le silence. Il se termine sur un seul vers de 6 pieds (Pour tout ça le silence.)
    • Chaque vers commence par "Pour..." (anaphore)
    • Niveau de langage proche de "Avec le temps" mais plus de langage du quotidien que recherché
    • Texte évoquant la vie moderne de la 2ème moitié du XXème siècle (autobus / jeans / calculatrice/ ordinateur...)


    La musique


    • chanson qui dure longtemps (7 mn)
    • caractère plutôt mélancolique
    • tempo lent (adagio)
    • tonalité Ré majeur ( en Mib majeur dans l’enregistrement)
    • harmonies recherchées (on observe souvent des effets de dissonances créées par des retards ou des notes de passage comme dans "Avec le temps")
    • structure en deux grandes parties : A et B

    A comprend les strophes 1 à 5
    B comprend les strophes 6 à 8
    -> à l’intérieur de ces 2 parties, la structure est strophique puisque chaque strophe est écrite sur la même musique à quelques notes près.
    - il y a un effet de progression au fil de la chanson

    Partie A
    * pour les deux 1ères strophes : alternance 1 strophe chantée / la même strophe parlée
    * pour les strophes 3 et 4, seul le dernier vers est parlé
    * pour la strophe 5, plus de paroles

    Partie B
    les 3 dernières strophes s’enchaînent pour aboutir à la phrase la plus importante de ce poème (qui est parlée) "pour tout ça, le silence"
    - on retrouve cet effet de progression dans l’évolution des lignes mélodiques
    il y a une progression par pallier vers l’aigu, chaque vers évolue vers l’aigu :
    la grave / ré grave / si aigu / mi et la aigu :




    • la mélodie est déclamée avec alternance de chant et de voix parlée
    • la mélodie est conjointe, souvent recto-tono écrite sur un ambitus de 13ème (sol/mi), elle suit la rythmique du texte mais reste en binaire
    • l’orchestration : l’effet de progression dans l’évolution des lignes mélodiques est renforcée par l’orchestration. Présence d’un orchestre symphonique.

    Partie A : au fil des strophes, l’effectif instrumental se renforce progressivement.
    Partie B : tout l’orchestre symphonique avec un effet de crescendo au cours des trois strophes jusqu’à un arrêt brutal.

    Analyse détaillée


    Partie A

    Strophe 1 : harpe en notes répétées
    + notes tenues des violons
    + contrechant à la flûte traversière
    + notes tenues aux altos puis aux violoncelles
    Reprise parlée de la strophe 1 :
    arpèges à la harpe
    + mélodie expressive et chantante au violoncelle

    Strophe 2 : accords tenus aux cordes frottées
    + contrechant au hautbois
    + choeur mixte sur ah en sourdine
    + notes répétées aux violoncelles et contrebasses
    Reprise parlée de la strophe 2 :
    arpèges au piano
    + accords tenus aux cuivres
    + choeur mixte sur ah dans une nuance plus forte

    Strophe 3 : 2 cors sur des notes répétées
    + accords tenus aux cuivres et aux cordes frottées graves
    + contrechant aux violons I et bois

    Strophe 4 : accords tenus au synthétiseur
    + 1 percussion (timbale) qui joue un rythme évoquant le battement d’un coeur
    + contrechant d’une voix de soprano solo sur ah
    conclusion sur un accord de synthétiseur (son d’orgue électronique) avec choeur en sourdine
    -> l’instrumentation est tout à fait en accord avec le texte (ordinateur / électrocardiogramme)

    Strophe 5 : arpèges de harpe + accords tenus aux cordes frottées
    + contrechant au cor anglais
    -> crescendo avec trémolos des cordes après le vers « des araignées au fond des toiles »

    Partie B

    Strophes 6, 7 et 8 enchaînées
    Accompagnement très différent :
    notes répétées en double croches à certains bois et cuivres et la percussion tandis que d’autres font un contrechant en contretemps, cela donne un caractère haletant à l’ensemble
    + accords tenus aux cordes frottées et notes tenus sur ah au choeur
    -> jusqu’à la fin, des instruments s’ajoutent jusqu’à ce que tout l’orchestre soit présent = grand crescendo
    -> arrêt brutal. On n’entend plus que la résonance des voix sur un accord en bouche fermée pendant quelques secondes. Quand le silence se fait, FERRE déclame le vers principal de sa chanson "Pour tout ça, le silence".






    Autres requiems

    Dans le domaine de la chanson : Requiem pour n’importe qui (Georges Moustaki), Requiem pour un amour (Catherine Lara), Requiem pour un con, Requiem pour un twister (Serge Gainsbourg), Requiem pour un fou (Johnny Hallyday)...

    Ecoutes :
    Requiem pour un twister de Serge GAINSBOURG (1962)
    Requiem pour un con de Serge GAINSBOURG (1968)
    Requiem pour un fou chanté par Johnny HALLYDAY (1976)

    Dans le domaine classique le site Requiem survey recense plus de 3000 Requiem !
    Une cinquantaine de ces derniers sont passés à la postérité ; citons ceux de Berlioz, Brahms, Britten, Campra, Duruflé, Dvorak, Fauré, Mozart, Saint-Saens, Schumann et Verdi.



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    Item Reviewed: Ferré - Requiem Rating: 5 Reviewed By: nicolas martello
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