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    samedi 15 septembre 2007

    All along the watchtower


    Le 17 mai 1968, Jimi, Kathy Etchingston et Brian Jones sont invités à une fête des Beattles. Durant cette soirée, Paul McCartney l'invite à venir à la session qu'il produit demain pour son frêre McGear. Et, c'est durant cette session ou durant la fête qui a suivie que Jimi a entendu le nouvel album que venait de sortir Bob Dylan, "John Westley Harding". Alors que "All along the watchtower" passait, Jimi s'est écrié "je veux faire ça! je veux l'enregistrer !!". Bob Dylan était une grande source d'inspiration pour Jimi. Il aurait souhaité enregistrer aussi une autre chanson du même album, "I dreames I saw St. Augustine", mais il trouvait qu'elle était trop personnelle, que c'était une chanson à Bob et à personne d'autre.

    "Tous ceux qui n'aiment pas Bob Dylan devraient lire les paroles de ses chansons. Elles sont pleines des joies et des tragédies de la vie. Je suis comme Dylan, aucun de nous deux ne chante comme normalement. Dès fois, je joue des chansons de Dylan, et elles me correspondent tellement que j'ai l'impression de les avoir écrites. J'ai le sentiment que Watchtower est une chanson que j'aurai pu écrire mais je suis sûr que je n'en serais jamais arrivé à bout. Je pense souvent à ça, en songeant à Dylan, je ne pourrais jamais écrire les mots qu'il arrive à sortir, mais j'aimerais bien qu'il m'aide, car j'ai des tonnes de chansons que je n'arrive pas à finir. Je pose juste quelques mots sur le papier et je n'arrive pas à aller plus loin. Mais maintenant, ça va mieux, j'ai un peu plus confiance en moi et je pense en finir quelques unes."

    Le dimanche 21 juin, Kathy, Brian Jones et Linda Keith accompagnent l'Experience au studio Olympic pour accomplir leur mission. Noel ne joue pas la basse, il a envoyé chier tout le monde et il s'est installé de l'autre côté de la route, dans un pub. C'est Dave Manson qui le remplace et qui en profite pour rajouter une piste de guitare. La dernière tournée suédoise a pas mal dégradé les relations...
    La chanson a été enregistrée en 4-pistes puis retransférée en 12-pistes au studio Record Plant. Jimi en profite pour remplacer la ligne de basse par la sienne. D'ailleurs, à ce propos, Mitch dit que Jimi est vraiment un excellent bassiste, il a le "toucher".
    Durant les enregistrements, Eddie se rappelle: "A chaque fois qu'on jouait, il se mettait dans un coin, écoutait les enceintes et demandait 'Ca sonne bien? tout est OK? z'êtes sûr ??' et je disais 'Ouais Jimi! c'est super !!'. Et il répondait 'OK! mais n va en faire une autre'. On refaisait toujours une piste meilleure que la précédente et à la fin, on s'est retrouvé avec 6 ou 7 supers pistes de guitares et 5 ou 6 pistes de chants !!"
    Bob Dylan a adoré la version de Jimi. C'est d'ailleurs elle qu'il joue chaque fois qu'il la fait, et à chaque fois qu'il la chante, il a l'impression de rendre un hommage à Hendrix...
    Cette chanson (version Hendrix) est restée 9 mois dans les charts Américains, mais n'atteignant que la 20e place. C'est la meilleure performance d'un single de Jimi.


    All Along the Watchtower - Wikipedia, the free encyclopedia



    ANALYSE


    • La version originale de Bob Dylan est issue de l’album John Wesley Harding , enregistré à Nashville en trois jours en décembre 1967 et paru début 1968 
    • La reprise de Jimi Hendrix sort tout d’abord en 45T le 4 septembre 1968 
    • Electric Ladyland, le double album qui contient cette reprise, sort le 9 novembre 1968 après plus de six mois de travail en studio. 

    De multiples versions existent de cette pièce, d’auteurs très variés (U2, Calvin Russel, …) sans même évoquer toutes celles de Dylan lui-même.


    Le texte

    Généralités

    Cette chanson marque un nouveau départ, assez radical, par rapport aux précédents textes. Ses anciennes compositions avaient souvent bien plus que les trois strophes traditionnelles des chansons populaires – Positively fourth street en avait par exemple quatorze. Les textes de Dylan étaient souvent engagés et violemment critiques. Son utilisation de la langue, inhabituel, se caractérisait par une juxtaposition de mots et d’images que l’on associait pas d’habitude.
    Par opposition, celui d’ All along the watchtower fait preuve d’une rare économie de moyens. Trois strophes seulement, sans chorus ni refrain. La langue est simple ; les trois strophes sont toutefois organisées avec un sens aigu du drame.
    Rien ne se passe dans ce texte, tout est énigmatique ou suggéré
    Aspect circulaire de la construction : le début est à la fin !

    Influence biblique ?

    Le voyant a crié : “sur la tour de guet, Seigneur, je me tiens tout le jour – A mon poste de garde je reste debout toute la nuit – Et voici que vient la cavalerie – Des cavaliers deux par deux – Ils m’ont parlé ils m’ont dit – Elle est tombée, elle est tombée Babylone – Et toutes les images de ses Dieux sont tombées par terre.” ISAIE, 21.8.9
    On sait par ailleurs que Dylan s’est converti au christianisme quelques années plus tard…

    STROPHE 1

    "There must be some way out of here," said the joker to the thief,
    "There's too much confusion, I can't get no relief.
    Businessmen, they drink my wine, plowmen dig my earth,
    None of them along the line know what any of it is worth."

    "On doit pouvoir sortir d'ici", dit le bouffon au voleur,
    "Il règne une trop grande confusion, rien ne me soulage.
    Les hommes d'affaires boivent mon vin, les laboureurs creusent ma terre,
    Aucun d’eux quel qu’il soit ne sait en estimer la valeur."


    • Dylan ouvre sa chanson en nous plongeant au milieu d’ une conversation déjà entamée et débute en créant une sorte de constat d’ urgence : nous ne savons pas où est le «ici» dont le personnage veut s’échapper. Le sens du drame est immédiat. Nous découvrons deux personnages, le bouffon et le voleur, en marge de la société établie : personnages archétypaux qui existent, sous une forme ou sous une autre, depuis des lustres. Ainsi Dylan créée-t-il d’emblée un sens de l’éternité et se situe dans le cadre d’une parabole, d’une histoire dont l’essence reste la même à différentes époques, en différents lieux, et avec des personnages qui pourraient être autres. Le bouffon représente l’artiste, dont le rôle est d’amuser les membres de l’ordre établi, mais aussi de les provoquer ; Dylan lui-même ? Bouffon et voleurs peuvent aussi représenter les deux facettes d’un dialogue interne, celui de l’artiste. 
    • Le reste de la strophe nous indique que le bouffon veut s’échapper car il y a trop de confusion. Celle-ci concerne les valeurs. 


    STROPHE 2

    "No reason to get excited," the thief, he kindly spoke,
    "There are many here among us who feel that life is but a joke.
    But you and I, we've been through that, and this is not our fate,
    So let us not talk falsely now, the hour is getting late.“

    "Aucune raison de s'énerver", répondit gentiment le voleur,
    "Beaucoup ici parmi nous pensent que la vie n'est qu'une farce.
    Mais, toi et moi, nous sommes passés par là, et ce n'est pas notre destin,
    Alors, ne parlons plus à tort maintenant, il se fait tard."



    Le second couplet commence avec des paroles du voleur qui parle “gentiment” au bouffon. Cet adverbe nous fait savoir qu’il est sympathique et que, peut-être, il comprend la valeur du bouffon et de ses efforts. Le voleur continue en expliquant que pendant que d’autres pensent que la vie n’est qu’une farce, eux deux en savent plus, ayant dépassé ce stade. Ainsi, pendant que les autres peuvent encore se sentir perdus, eux deux ne le sont pas. Puisqu’ils comprennent la valeur de la vie, il est important pour eux d’être sincère envers l’autre. Le dernier vers nous ramène aux propos initial, au drame et au mouvement : « il se fait tard »…


    STROPHE 3

    All along the watchtower, princes kept the view
    While all the women came and went, barefoot servants, too.
    Outside in the distance a wildcat did growl,
    Two riders were approaching, the wind began to howl.

    Tout au long de la tour de guet, les princes restent vigilants
    Tandis que toutes les femmes allaient et venaient, les serviteurs aux pieds nus, aussi.
    Là-bas au loin un chat sauvage gronda,
    Deux cavaliers approchaient, le vent commença à hurler.



    • Le début de la dernière strophe introduit un brutal changement de scène, sans nous indiquer comment la nouvelle situation est reliée à la précédente. Par opposition aux deux premiers couplets, animés pour l’essentiel par la conversation entre les deux personnages, celui-ci se déroule de manière quasi cinématographique avec une multiplicité d’imageries visuelles. Cette nouvelle scène est peuplée de princes, de femmes, de serviteurs pieds nus ; elle établit un temps et un lieu situés dans le passé et utilise une fois encore des figures archétypales. Ces personnages représentent la société établie et les puissants. Mais contre qui gardent-ils leur pouvoir et leurs richesses ? 
    • Un chat sauvage hurle au loin, suggérant le pouvoir sauvage de la nature à proximité des lumières ordonnées du château. Nous voyons ensuite apparaître deux cavaliers qui approchent. Soudain, en quatre mots, les deux premiers couplets sont enfin connectés au 3ème : dans un mouvement très cinématographique, utilisé en toute fin de poème plutôt qu’au début, nous percevons qu’il s’agit du bouffon et du voleur. Nous savons déjà qu’ils veulent établir un nouveau système de valeur fondé sur l’ humanisme. Leur approche du château gardé suggère une imminente confrontation. Le dernier vers de la chanson renforce ce point de vue par l’image d’un violent orage qui approche. 
    • Ce dernier couplet matérialise ainsi les relations suggérées dans les deux premiers vers ; le voleur et le bouffon sont en marge d’une société représentée par les princes et les serviteurs du château. S’affirme dès lors l’opposition entre un pouvoir hiérarchique rigide et des étrangers indépendants. 

    Conclusion

    Le talent de Dylan éclate : en l’espace de quelques couplets, dans une chanson si économe en moyens, il parvient à réaliser et mettre en scène les éléments suivants :
    • Résumer sa propre vie ; en référence à son accident de moto – juillet 66 - qui marque un tournant dans sa carrière, Dylan (le bouffon) a désormais appris et compris le sens de la vie – qui n’est pas une farce – et oppose artistes et étrangers d’une part qui comprennent le caractère sérieux de la vie, le pouvoir établi d’autre part qui traite son art comme un simple objet de marketing. 
    • Identifier l’essence de notre époque autour de la question des valeurs. Dylan réduit ici la confrontation entre deux mondes à son point essentiel : les valeurs humanistes contre l’ordre établi. 
    • Créer une puissante structure dramatique ; d’un point de vue narratif presque rien pourtant ne se déroule dans cette chanson : deux cavaliers discutent ensemble en approchant d’un château. Nous n’avons même pas un premier acte, encore moins une pièce entière. Il parvient pourtant, par des allusions répétées, des indices concernant l’imminence d’une confrontation, à nous plonger dans un drame, nous forçant à nous interroger sur ce qu’il va advenir par la suite. 


    Le contexte de la re-création d’Hendrix

    Le contexte : l’admiration pour Dylan

    • Le 17 mai 1968, Hendrix est invité à une fête des Beatles. Durant cette soirée, Paul McCartney l'invite à venir à la session qu'il produit demain pour son frêre. Et, c'est durant cette session ou durant la fête qui a suivie que Jimi a entendu le nouvel album que venait de sortir Bob Dylan, "John Wesley Harding". Alors que "All along the watchtower" passait, Jimi s'est écrié "je veux faire ça! je veux l'enregistrer!!". Bob Dylan était une grande source d'inspiration pour Jimi Hendrix. Il aurait souhaité enregistrer aussi une autre chanson du même album, "I dreamed I saw St.Augustine", mais il trouvait qu'elle était trop personnelle. 
    • "Tous ceux qui n'aiment pas Bob Dylan devraient lire les paroles de ses chansons. Elles sont pleines des joies et des tragédies de la vie. Je suis comme Dylan, aucun de nous deux ne chante normalement. Dès fois, je joue des chansons de Dylan, et elles me correspondent tellement que j'ai l'impression de les avoir écrites. J'ai le sentiment que Watchtower est une chanson que j'aurai pu écrire mais je suis sûr que je n'en serais jamais arrivé à bout. Je pense souvent à ça, en songeant à Dylan (…)." 

    Le contexte : conception en studio et sortie d’Electric Ladyland

    • Une lente élaboration en studio, en Angleterre tout d’abord avec le J.H. Experience (21 janvier 68 à l’Olympic Studio, Londres) puis aux Etats-Unis (Record Plant, New York) entre janvier et septembre 1968. 
    • La chanson a été au début enregistrée en 4 pistes puis retransférée en 12-pistes au studio Record Plant de New York. Hendrix en profite pour remplacer la ligne de basse initiale par la sienne. 
    • Le 45T sort le 4 septembre 68 avant d’être inclus dans le double album Electric Ladyland. 

    Le contexte : les recherches sur le timbre 

    • 1968 est l’année pendant laquelle Hendrix s’émancipe de la production de Chas Chandler et décide de produire lui-même ses disques. 
    • Les recherches timbrales, en studio, deviennent sa priorité – il veut découvrir de nouvelles sonorités de guitare... 
    • All along the watchtower reflète cet état d’esprit: longue maturation – plus de 6 mois -, nombreux procédés techniques (pédales, utilisation de la stéréo, travail de l’enveloppe sonore) caractérisent la pièce.


    La musique

    • Une forte implication d’Hendrix dans cette interprétation qui donne tout son sens au texte 
    • La guitare solo devient un véritable personnage narratif 
    • Forte influence du Blues 
    • Chaque solo gravit un échelon supplémentaire dans la conquête de l’espace des hauteurs : 
    • L’usage de multiples procédés techniques – réverb, écho, compression, pédales slide et wah wah – contribuent à restituer l’atmosphère du poème. 




    *   *   *


    sources : ac-dijon


    Un ostinato harmonique

    Jimi Hendrix transcende et s'approprie All Along the Watchtower de Bob Dylan, qu'il revisite complètement en en faisant une des reprises les plus réussies de l'histoire du rock. Cette chanson, qui comprend à la fois les éléments d'une ballade et ceux du blues est réarrangée par JH qui remplace les complaintes de l'harmonica de Dylan par plusieurs fameux et opulents solos de guitare, qui exhaussent le drame latent suggéré par le texte de la chanson. Le tempo est ralenti et ce qui frappe dès le début, c'est l'usage d'une forte réverbération sur les instruments.



    Un ostinato



    Comme dans Hey Joe, la chanson repose, cette fois en totalité, sur un ostinato harmonique dont les 2 mesures essentielles donnent la grille Dom - Sib - Lab - Sib, et qui fonctionne par  cycle de 8 mesures, dont la 8ème offre un appel à la reprise :



    Les variations



    Après 4 mesures d'introduction donnant les accords de la grille harmonique de l'ostinato, la guitare donne immédiatement un bref solo de 4 mesures bouclant ainsi l'introduction, comme un appel au chant. Le Ré (9ème) sur l'accord de Dom, qu'il rejouera dans les solos suivants, donne une dimension à la fois dissonante et jouissive à cette version.


    0'18 : premier couplet chanté sur 2 x 8 mesures. 0'52. La mélodie à l'ambitus assez réduit (de sib à mib), monte à sol dès le 2ème quatrain. La guitare ponctue chaque fin de chant par des bribes mélodiques (sib - do - sib) ou (mib - fa - mib). Le couplet se termine par un appel textuel "Hey-ey-hey" hendrixien
.
    Le 1er solo de guitare de 8 mesures, est joué en double cordes à l'unisson sur les premières notes
.
    1'09 :  le deuxième couplet chanté sur 2 x 8 mesures amplifie les éléments du premier.



    C'est alors que 4 magnifiques solos de guitare de 8 mesures, chacun dans un esprit différent, par des figuralismes, apportent toute la richesse à cette chanson; les slides, les effets panoramiques, l'écho, la réverbération, etc,  donnent la profondeur de champ, le relief, l'impression d'espace, une dimension épique, nécessaires à la mise en valeur du texte :



    • 1'43 : le premier, dans l'esprit des 2 précédents

    • 1'59 : le second, réalisé avec un bottleneck, donne des slides vertigineuxavec effet panoramique au mixage.
2'16 : le troisième avec pédale wah-wah, plus d'écho, et panoramique
    • 
2'33 : le 4ème donne sur sa mélodie descendante (Ré-do-sib-lab) une couleur espagnole

    • 2'49 : la première note (sib) du troisième couplet élargit encore l'ambitus du chant

    • 3'23 : la coda privilégie 2 solos de guitare qui se terminent sur un do aigu persistant





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    Item Reviewed: All along the watchtower Rating: 5 Reviewed By: nicolas martello
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