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    samedi 24 septembre 2005

    Accordéon et bandonéon


    Ces deux instruments sont nés durant la période romantique (19ème siècle), période qui fut décisive dans l’évolution de la facture instrumentale.

    Rappels organologiques

    LE SYSTEME DE SACHS-HORNBOSTEL

    Il existe d’autres classifications à travers le monde tenant compte de la fonction musicale, du répertoire ou bien du mode de d’ébranlement. Par exemple, la classification moderne appelée Sachs-Hornbostel, universellement adoptée aujourd’hui et qui distingue quatre familles instrumentales :

    • Les cordophones (instruments à cordes) dont le son résulte de la vibration d’une corde tendue (ex. : luth, cithares...)
    • Les aérophones (instruments à vent) dont le son résulte de la vibration de l’air dans un tube (flûte, hautbois...) ou de l’air ambiant (rhombe)
    • Les membranophones (instruments à membrane)
    • Les idiophones (instruments à percussion) dont le son résulte de la vibration du corps propre, sans nécessiter de matières tendues : le son est produit par la matière même de l’instrument (hochet, xylophone...).
    PS : ici membranophones et idiophones regroupent l’ensemble des percussions.

    Dans tous les cas, ces notations sont nécessairement différentes de la notation classique des instruments de l’orchestre symphonique : cordes, vents (bois et cuivres), et percussions, car elle ne serait pas toujours adaptée !

    La famille des AEROPHONES comprend tout instrument fonctionnant avec de l’air, non pas tant que l’on y souffle, comme c’est le cas la plupart du temps, mais bien parce que la matière sonore vibrante est l’air. C’est par la façon dont cette matière sonore est mise en vibration (grâce à l’envoi d’un jet d’air sur un biseau : flûte ; une anche double : hautbois ; une anche simple : clarinette ; par tournoiement d’un objet dans l’air : aérophone à air ambiant…) que l’on détermine les sous-familles.

    S’il s’agit d’une seule languette qui passe à travers le cadre qui la maintient, on parle d’anche libre. L’accordéon, l’harmonica, fonctionnent avec des anches libres. L’harmonium également : qu’il y ait un clavier n’en fait pas un piano !

    Les ancêtres

    Dès le tournant du siècle (18-19ème s.), les événements vont aller très vite dans le domaine de la facture instrumentale.
    Après l’Aéolodicon (ou aélodion, aélodicon, éolodicon, élodicon ?) d’Eschenbach en 1800 (anche métallique mises en vibration par un soufflet), on voit apparaître :

    • 1800 - L’Apollonion, Allemagne
    • 1804 - Le Belloneon de Kaufmann (1804) - Le Piano à anches de Sanès, Prague
    • 1804 - Le Piano organisé de Sauer, Prague
    • 1804 - L’Orgue à anches libres de Kober, Vienne
    • 1805 - Le Melodion de J. Ch. Dietz, Allemagne
    • 1810 - L’Uranion de J.D. Buschmann, Friedrichsroda
    • 1810- L’Orgue-Expressif de GJ. Grenié, Bordeaux
    • 1814 - L’Organo-Violine d’Eschenbach, Konigshofen
    • 1815 - L’Elodicon d’Eschenbach, Konigshofen
    • 1816 - L’Aura de Scheibler, Krefeld
    • 1816 - L’Aéoline de Schlimbach, Ohrdruf
    • 1817 - Le Terpodion de Buschmann, Friedrichsroda (C.M. von Weber écrit en septembre 1817 un article favorable sur ce Terpodion de Buschmann.)
    • 1818 - L’Aéolo-Melodicon de Brunner-Ofmann, Varsovie
    • 1818 - Le Physharmonica de Hackl, Vienne
    • 1820 - L’Eoline d’Eschenbach, Konigshofen
    • 1820 - L’Oéolodicon de Reich, Fürth
    • 1820 - L’Aéolodicon de Voigt, Schweinfurt
    • 1821 - L’Aura de F. Buschmann
    • 1822 - La Handaoline de F. Buschmann
    • 1823 - La Mundeoline de Messner, Trossingen
    • 1824 - L’Aélo-Pantalon de Dlugosz, Varsovie

    C’est "l’harmonica à bouche" qui déclenche l’invention de l’accordéon. En 1821 Friedrich Buschmann en Autriche invente un instrument à anches métalliques : l’aura. Des fabricants d’harmonica surgissent alors de partout, se copiant, améliorant, inventant tout une multitude d’instruments dérivés.
    Harmonica de 1827
    En 1825, en Angleterre, apparaît le symphonium qui comporte quelques boutons et un trou pour souffler : c’est l’ancêtre du concertina. en 1822, Buschmann monte un soufflet sur son "aura" qui devient "l’éoline à main" (ou handaoline) et enfin, Demian en 1825 invente l’anche double (un son en tirant et un son en poussant).

    Symphonium, Musée Wheastone, Londres

    En 1833, Wheastone ajoute un soufflet au symphonium à bouche qui devient donc le concertina.
    
concertina - 1835

    Et, le 6 mai 1829, Cyrill Demian, fabriquant de piano et orgues à Vienne dépose son brevet : il s’agit d’un instrument conçu pour l’accompagnement, n’oublions pas qu’à cette époque sans télévision, on passait de longs moments dans les soirées à réciter des poèmes, monologues, ... et à chanter : l’instrument de Demian ne produisait que 10 accords préétablis (donc 5 touches).

    Accordion autrichien de Demian - 1829

    En France, on transforma l’idée de sorte que l’accordéon se mit a produire non plus des accords mais des notes : le clavier dit "français" était mélodique, alors que le clavier autrichien était "à accord". Un autre inventeur, Pichenot, ajouta au clavier français une touche donnant l’accord de tonique et de dominante (en tirant ou en poussant) ainsi qu’une soupape pour faire le vide du soufflet.

    Accordéon français de Reisner - 1840

    Demian alors inventa, vers 1834, la combinaison des deux claviers : le deuxième clavier, pour les accords et le premier pour la mélodie.


    L'accordéon

    Instrument d’abord réservé à la petite bourgeoisie (classe montante au 19ème siècle). Il deviendra plus tard le « piano du pauvre ». Son évolution est fort complexe et l’accordéon n’est pas le fruit d’une personne ou d’un pays mais l’instrument de tous. Le monde entier prend part à sa métamorphose : Allemagne, Italie, Russie, Tchécoslovaquie, Belgique, France…

    3 périodes dans l’évolution de l’instrument :

    • L’accordéon « jouet » (1829-1880) avec son unique clavier « chant » :
      • Beaucoup de fabricants mais que des plagiats, copies ou imitations. Pas de véritables créations innovantes…
      • Les possibilités musicales de l’accordéon restèrent stationnaires.
    • L’accordéon « populaire » ou « traditionnel » (1880-1950) avec ses 2 claviers différents « accompagnement » et « chant » :
      • L’accordéon adopte un second clavier doté de 2 à 8 basses d’accompagnement cependant le système « tirez-poussez » entrave son évolution d’où l’invention vers 1900 de l’accordéon chromatique (= uni-sonore).
      • Adoption du clavier à 3 rangées en standard vers 1900.
      • Naissance du genre « musette » vers 1900 (grâce à Emile VACHER).
    • L’accordéon de concert (après 1950) avec ses 2 claviers « chant » identiques :
      • L’accordéon de concert ou harmonéon est créé en 1948 par Pierre Monichon.
      • Les limites musicales du clavier de la main gauche font que dès 1910 certains essaient de la modifier en ajoutant aux accords préfabriqués des basses dites "libres". A ces recherches on peut associer les noms de : Gibelli, Gagliardi, Schenardi, Scandalli, Decornoy, Thion, Prez…
      • Evolution du langage musical après la seconde Guerre mondiale -> principe de deux claviers différents ("chant" et "accompagnement") devenu obsolète parce que enfermé dans le système de la musique tonale… hors la musique devient atonale et même sérielle.
      • Celui-ci consiste en un instrument comportant deux claviers identiques donnant ainsi une totale liberté au musicien.


    3 types d’accordéons : diatonique (bi-sonore), mixte et chromatique (uni-sonore).


    • Accordéon diatonique : chaque boutons produit 2 notes (l’un quand on pousse, l’autre quand on tire).
      • Cette nouvelle conception du clavier (proposée par Pichenot en 1832) dont l’étendue correspondait à deux gammes diatoniques, détournait forcément la vocation première de l’accordion en le faisant devenir "mélodique" (mais conservant un bouton appelé « bascule d’harmonie » [embryon du futur clavier main gauche] donnant l’accord de tonique ou dominante).

    Après les instruments à une rangée, en do :

    Une proposition originale fit son apparition à Paris. Elle utilisait une rangée en do avec une seconde en si (création Maugein) :

    Par le jeu des enharmonies, le musicien se retrouvait avec tous les sons de la gamme chromatique ; il pouvait donc aborder, mélodiquement, toutes les tonalités. Mélodiquement seulement, car, avec le "tirez-poussez", il était limité pour former des accords, et le clavier de la main gauche était contraint de rester muet à certains moments s’il n’était pas pourvu de boutons en suffisance. Les fabricants s’ingénièrent alors à trouver des solutions afin de conserver à l’accordéon l’avantage d’un instrument harmonique.
    C’est finalement le système italien à 3 rangées qui s’imposera lentement (vers 1900). Il est toujours utilisé actuellement.


    • Accordéon mixte : les artisans appliquent à l’accordéon le système mécanique des rouleaux, utilisé dans l’orgue. Ils en profitent pour doubler chaque anche et ainsi supprimer le système "tirez-pousser" à la main gauche. L’accordéon "mixte" est né ouvrant la voie au futur accordéon "chromatique à basses standards".
      • 27 novembre 1840 : Brevet de Léon Douce pour son "accordéon-harmonieux" qui préfigure déjà le futur système chromatique : recherche d’un système supprimant le « tirez-poussez », le clavier main droite comprend 12 grandes touches et 12 petites touches donnant les tons et les demi-tons et le clavier main gauche pour la première fois 8 touches.

    • Accordéon chromatique : chaque touche (ou bouton) produit la même note dans les 2 phases (poussé ou tiré).
      • Suite à l’évolution du clavier de la main gauche, l’italien Paolo soprani dépose un brevet daté du 5 mars 1897 pour un instrument qu’il baptise "harmonica" mais qui prendra rapidement le nom "d’accordéon chromatique".
      • L’accordéon chromatique est débarrassé du système "tirez-poussez". Sa facture va faire de gros progrès en même temps que vont s’améliorer son apprentissage et l’étendue de sa palette musicale. La diversité des styles abordés par l’accordéon lui donne droit à une meilleure reconnaissance du milieu musicale et ce malgré les limites du clavier de la main gauche.
      • Possibilité beaucoup plus grande en terme technique… Plus de virtuosité.
      • Plus que jamais, on cherche à perfectionner l’accordéon ou, pour être plus exact, à l’amplifier. Le clavier "chant" se retrouve avec 4, 5, 6 rangées, celui de l’accompagnement avec 48, 60, 80, 100, 120, 140 "basses".
      • après 1920, favorisés par le retour de la main d’œuvre étrangère, de nombreux spécialistes de la facture instrumentale viennent s’installer en France. Parmi eux, de nouveaux fabricants d’accordéons "chromatiques". On rencontre : Piermaria (en 1922), L. Ranco (1923), Crosio (1923 atelier en 1929), Cavagnolo (1923), Buzzi (1924), Gallo (1931), Marzella (1933) et Bratti (1927). Paris reprend alors une place importante dans la production d’accordéons.


    Les moments importants dans l’histoire de l’accordéon


    • Vers 3000 avant J.C. : Apparition du "cheng" (orgue à bouche chinois), l’un des tout premiers instruments à vent ayant utilisé le principe de l’anche libre.
    SHENG : orgue à bouche chinois
    • 1829 : L’Autrichien Cyrille Demian et l’Anglais Charles Wheatstone déposent, à un peu plus d’un mois d’intervalle, un brevet d’invention, le premier pour "l’accordion" et le second pour "le concertina".
    • 1833 : première méthode pour accordéon en France par Pichenot.
    • 1840 : Brevet de Léon Douce pour son "accordéon-harmonieux" qui préfigure déjà le futur système chromatique.
    • 1852 : Création de l’accordéon à touches-piano par… Philippe-Joseph Bouton.
    • 1863 : A Castelfidardo, Paolo Soprani crée la première fabrique italienne d’accordéons.
    • 1872 : Félix Péguri, venant d’Italie, arrive à Marseille.
    • 1883 : Naissance, à Tours, d’Emile Vacher, l’un des grands créateurs du style "musette".
    • Vers 1900 : Invention, par des facteurs italiens de Castelfidardo, de l’accordéon chromatique.
    • 1903 : A Trossigen (Allemagne), les Etablissements Hohner commencent la fabrication d’accordéons diatoniques.
    • 1904 : Fondation de la Maison Cavagnolo à Vercelli (Italie) par Domenico Cavagnolo.
    • 1909 : Giovanni Gagliardi donne le premier récital de musique classique dans un cinéma de la rue de Lyon.
    • 1913 : Mariage de Charles Péguri avec la fille de l’Auvergnat Antoine Bouscatel. Fin de la rivalité entre la cabrette et l’accordéon.
    • 1919 : Naissance, à Tulle (Corrèze), de la marque Maugein à l’initiative de Jean Maugein et de ses frères Antoine et Robert.
    • 1921 : Mario et Hector Crosio reprennent la fabrique parisienne d’accordéons de Ferdinando Atti. Entre les deux guerres (1914-1940) : passage de la cabrette à l’accordéon - La grande époque des bals musette.
    • 1936 : En plein Front Populaire, inauguration du célèbre "Balajo", surnommé "Le Temple du Musette".
    • 1945 : Raymond Gazave crée le Conservatoire d’Accordéon de Paris.
    • 1950 : Pierre Monichon crée son "harmonéon", véritable accordéon de concert.
    • 1962 : A Paris, Gilbert Roussel interprète le "Concerto pour Accordéon " de Jean Wiener.
    • 1968 : Le "Grand Prix de Rome" est attribué à A. Abbott, professeur d’accordéon de concert à l’Ecole Normale Supérieure de Paris.


    Le bandonéon

    Le bandonéon est un grand concertina (de forme hexagonale). Il est de forme carrée.
    C'est un instrument à anche libre comme l'accordéon :
    Anche libre

    Concertina

    Bandonéon

    Selon la classification universelle des instruments de musique (organologie) établie en 1914 par Hornbostel/Sachs, le bandonéon, appartient à la famille des aérophones, du groupe des instruments "à anche battante libre", c’est-à-dire que la mise en vibration de l’air est produite par une languette de même dimension que l’orifice sur lequel elle est fixée, de sorte qu’elle vibre librement lorsque l’air est insufflé. Dans le cas du bandonéon, l’air insufflé met en vibration deux lamelles métalliques à intervalle d’octave.

    Par son mode de mise en vibration de l’air, le bandonéon appartient à la même famille que les orgues à bouche, dont l’invention est sans doute originaire d’Extrême-Orient, région dans laquelle on le trouve encore aujourd’hui : Chine, Corée, Japon... ainsi que dans le sud-est asiatique : Laos, Vietnam, Birmanie, Cambodge, Bornéo et partiellement l’Indonésie. Le tcheng ou shêng chinois, inventé en 2300 ou 2700 av. J.C., fut décrit par le Père Amiot (1718-1793), jésuite qui vécut en Chine et qui le fit connaître en Occident, notamment par la publication de ses Mémoires concernant l’histoire, les sciences, les arts, les moeurs, les usages des Chinois parues en 16 volumes à Paris, entre 1776 et 1814.

    À partir de ce principe, on inventa toute une série d’instruments qui apparaissent en Angleterre et en Allemagne au XIXème siècle, comme le concertina anglais et le konzertina allemand.
    On conçut d’abord le modèle bisonore appelé aussi "diatonique" ou "système argentin" : un son différent est émis en poussant et en tirant, chaque touche permettant donc l’émission de deux sons. L’avantage réside dans l’existence de deux claviers, chaque clavier offrant une double possibilité, soit en tirant, soit en poussant. Charles Péguri conçut ensuite le modèle unisonore, appelé aussi "chromatique" : même son en poussant et en tirant. Fabriqué sous licence par la célèbre firme allemande Alfred Arnold (AA) pour avoir un doigté d’accordéon sur un bandonéon, modèle qui ne possède donc que deux claviers.

    Depuis l’époque de la "Vieille Garde" jusqu’à aujourd’hui, el fueye (le soufflet), la jaula (la cage : A.Troilo), el gusano (le vers), comme on appelle le bandonéon en lunfardo (argot de Buenos Aires) est la voz tango par excellence, l’instrument de toutes les esthétiques tangueras. Tout au long de son histoire, le tango saura utiliser toutes les ressources expressives de cet instrument en tout point remarquable : par ses possibilités d’articulation dues à la maîtrise complète du volume sonore et de la tenue qui peut être remarquablement longue si l’on étire le soufflet progressivement dans toute sa longueur (qui doit approcher le mètre cinquante), le bandonéon est proche de la voix humaine et, comme elle, peut gémir, crier, être rageur, frémir et, en même temps, exprimer une douceur extrême ou une plainte lancinante. Le son peut être neutre et suave, âpre et agressif, en tirant comme en poussant, les deux techniques s’utilisant. Toutefois, en tirant, on obtient un effet percussif utilisé pour les marcato et les syncopes qui peuvent être amplifiés en laissant tomber lourdement le bandonéon sur le genou, comme le font si bien les bandonéonistes de l’orchestre de Pugliese. Il possède une palette expressive étonnante, chacun des côtés ayant une sonorité différente, l’une plus étouffée et profonde que l’autre, grâce à un effet de construction de la caisse harmonique qui, sur le côté gauche, possède une petite caisse de résonance. La disposition des boutons permet par ailleurs une extension de plusieurs octaves avec une seule main, grâce à une proximité calculée. L’instrument peut ainsi exécuter une mélodie et des accords complexes. La pensée musicale peut donc à la fois se construire harmoniquement et mélodiquement en utilisant au total quatre claviers. Remarquable complexité pour un instrument de cette taille. On comprend mieux ainsi le rôle joué par les bandonéonistes comme chefs d’orchestres, compositeurs et arrangeurs dont les noms jalonnent l’histoire du tango : Domingo Santa Cruz, Angel Villoldo, Pedro Láurenz, Juan Maglio "Pacho", Eduardo Arolas, Pedro Maffia, Ciriano Ortiz, Aníbal Troilo, Leopoldo Federico, Astor Piazzolla et, plus près de nous, Osvaldo Piro, Nestor Marconi, Rodolfo Mederos, Binelli, Juan José Mosalini.

    L’introduction du bandonéon


    En 1908, le bandonéon (qui était apparu la première fois en 1898 dans un orchestre de tango) s’impose. C’est un événement important, car, en remplaçant la flûte dont les fioritures disparurent, et avec elle un style badin et tapageur, l’orchestre de tango trouva son identité plaintive et sentimentale.

    « Le bandonéon geint, gémit, brame, pleure, griffe, rugit, menace, mord et prie ; il ignore le rire et ne sait pas se permettre un moment de joie. »

    Techniquement, Oscar R. Zucchi le définit ainsi : « Le bandonéon est un aérophone portatif, avec des boutons, actionné par des soufflets, se jouant avec les deux mains simultanément, et possédant deux caisses harmoniques à l’intérieur desquelles vibre, par l’action de l’air pressé, un système de languettes métalliques. Le bandonéon chromatique produit la même note en ouvrant et en fermant les soufflets. Le bandonéon diatonique, aux possibilités plus grandes, est celui qu’ont adopté les professionnels du tango et il varie l’expression selon qu’il est joué ouvert ou fermé, produisant dissonances ou assonances. »
    Le bandonéon est un instrument d’origine allemande. Il doit son nom à Heinrich Band, né en 1821, en Rhénanie-Wesphalie (Allemagne) qui va le commercialiser, même s’il ne l’a pas inventé. Son véritable concepteur est C. Zimmermann qui présenta un concertina fabriqué à Carlsfeld à l’exposition industrielle de Paris de 1849. H. Band modernisa cette invention qui ne fut jamais brevetée.
    A partir de 1864, c’est Ernst Louis Arnold (1828-1910) qui a racheté l’entreprise de Zimmermann (mort en 1860) qui va devenir le véritable maître du bandonéon. Sa famille sera une véritable dynastie de facteurs de bandonéon. Ernst Hermann (1859-1946), son fils aîné, Paul (1866-1952) et Alfred (1878-1933), deux autres fils, poursuivront l’œuvre du père. Les deux jeunes frères mettent au point le AA, dit Doble A, qui s’avérera être le meilleur bandonéon de l’histoire. Astor Piazzolla a d’ailleurs dédié à son instrument une composition Tristezas de un Doble A.


    Horst Alfred (1905-1979), fils d’Alfred, et Arno (1893-1970), fils de Paul, poursuivent l’entreprise jusqu’à la fin des années 1940. Mais l’entreprise perd progressivement de son importance et les ateliers ferment en 1971. Cette entreprise a eu quelques concurrents en Allemagne, en Argentine et aux Etats-Unis. Mais, aujourd’hui, le nombre d’artisans capables de produire ou de réparer des bandonéons est très rare. Il en existe un en France : Olivier Manory, lui-même bandonéoniste de talent.
    Pierre Monette note que « le phrasé du bandonéon est en mesure de présenter un assortiment de modulations aussi vaste que celui de la voix humaine ». Cet auteur ne voit que le saxophone comme instrument ayant un registre sonore comparable. Le saxophone joue d’ailleurs dans l’orchestre de jazz le rôle du bandonéon dans l’orchestre de tango.
    En 1910, l’orchestre typique du tango se constitue, le style musical est fondé. Parti du trio, celui-ci se développe progressivement. A partir de 1914, Firpo donne place dans son orchestre au violon, à la flûte qui équilibre le son du piano, à la contrebasse. En 1917, le sextuor devient l’orchestre habituel. Dans les années 1940, l’orchestre montera à onze musiciens.


    BIBLIOGRAPHIE
    — Pierre MONICHON, L’accordéon, Paris : PUF, coll. Que sais-je ?, 1/1971.
    Un incontournable sur le sujet, abondamment documenté, et expliquant de manière très claire l’évolution de l’accordéon.
    — Pierre MONICHON, L’accordéon, Editions Van de Velde, Payot, Lausanne (1985).


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