L'art du luth tibétain



La musique tibétaine reste peu connue malgré le grand succès des chants liturgiques bouddhistes. Ces pratiques religieuses ne présentent aucune similitude avec les musiques rurales du Tibet. Si celles-ci consistent essentiellement en chants a cappella, soliste ou en chœur (ne ressemblant en rien aux prières), elles disposent de quelques instruments : luths, vièles et flûtes. Nous vous proposons ici de découvrir le luth des campagnes tibétaines. Les luths sont joués essentiellement au Tibet central, au Tibet occidental, et au sein de la communauté en exil. Ils sont fabriqués avec deux bois différents, le takpe dongbo et le moeshing langama, pour le manche et le corps. Une peau de chèvre recouvre la caisse, et les cordes sont faites à partir d'intestins de bouc (de plus en plus remplacés par des cordes de raquettes de badminton). Le manche est souvent ornée d'une tête de cheval sculptée dans le bois (bien que les danyens de fabrication moderne tendent à perdre cet ornement...). Le danyen (plages 1 à 7) et le kovo (plages 8 à 12) se distinguent l'un de l'autre par leur forme et leur accordage. Le danyen est doté d'un manche long et fin terminé par une petite caisse de résonance hémisphérique couverte d'une peau de chèvre teinte en vert, tout comme son cousin chinois le luth San-Hsien. Le kovo est de facture plus rustique et d'allure plus massive, avec notamment son manche plus court et plus large. Tous deux sont munis de trois doubles cordes, chaque paire étant équitonale.
L'accordage du kovo correspond aux trois premières cordes de l'accordage usuel de la guitare européenne (par quintes: mi - la - ré), avec la corde grave en haut et la plus aigüe en bas. Le danyen se distingue par l'accordage de la troisième corde qui devient la plus grave des trois - il s'agit en fait de la tonalité de la corde du milieu, descendue d'un octave (mi - la- la grave).



luth danyen


luth kovo


DANYEN

Le danyen - l'instrument, son accordage et sa technique de jeu - a pour cadre géoculturel le centre du Tibet et sa capitale Lhassa. Le style de jeu est assez rude et fait parfois penser au trot d'un cheval (les tibétains sont un peuple de cavaliers...) Les mélodies sont jouées de manière minimaliste, sans ornementation. Le jeu est plutôt dur, les cordes étant fortement pincées, le geste de la main s'accompagnant d'une torsion du poignet caractéristique.

1. A l'est du Potala

2. Le lieu sacré
Le lieu le plus sacré de tous est Gya Kar Cette chanson fait l'éloge de l'Inde (Gya Kar), pays où le Bouddhisme est né, et que les Tibétains considèrent avec grand respect.

3. L'anniversaire du Dalai Lama

4. Joyeux Pemba
Cette chanson parle de Pemba qui aime chanter dans la montagne: La montagne est comme l'homme: il lui faut des ornements Pemba est l'ornement de la montagne

SAKDIK

Le style de la région de Sakdik (Tibet central) est assez proche du style de Lhassa (même instrument, même accordage) mais se différencie par sa technique qui consiste à "taper" les notes avec le bout des doigts, au niveau du manche, ce qui donne cet effet plus rempli, plus orné.

5. Là-haut dans les montagnes

6. La selle
Chanson décrivant un cheval, sa selle et tous ses ornements. Le cheval est l'animal le plus prestigieux de la vie tibétaine.

AMDO

On ne joue à vrai dire guère de luth dans la région de l'Amdo (nord du Tibet) où l'instrument privilégié est plutôt la vièle pi-wang, ainsi qu'une mandoline à quatre doubles cordes.
Sherap Dorjee nous interprète ici une adaptation au danyen d'une mélodie de l'Amdo.

7. Oncle Temba

LADAKH

Situé à l'ouest du Tibet, le Ladakh est un ancien petit royaume de culture tibétaine qui fait aujourd'hui partie de l'Inde. Le luth qu'on y joue est similaire au luth de l'ouest tibétain : le kovo (voir plus loin).

8. Le champ vert
Chanson d'amour :
Ce champ vert que je vois, j'ai cru que c'était un lac
Dans ce champ vert, je vois une fleur, tu seras plus belle que cette fleur

SPITI

Comme le Ladakh, la région de Spiti se trouve dans l'Himalaya indien, à l'ouest du Tibet, et comme au Ladakh, on y joue d'un luth semblable au kovo, usant de la même technique et du même accordage.

9. Le soleil se lève à l'est

KOVO

Moins connu que le danyen, le kovo est le luth du Tibet de l'ouest. Son style est très caractéristique, beaucoup plus complexe et coulant que le luth du Tibet central, les mélodies étant enrichies par un jeu avec une forte densité de notes. Une des spécificités du kovo est le frottement de la troisième corde (au niveau du manche) lors des fins de phrases, quand la dernière note est répétée plusieurs fois avant de reprendre la mélodie. Le toucher du kovo et les rythmiques utilisées rappellent étrangement certaines musiques berbères d'Afrique du Nord.

10. Le bon lama

11. Tsering Norbu
Tsering, viens et grimpe jusqu'au sommet de cette montagne
Tu y trouveras une pierre qui réalisera tes voeux

12. A l'est du Potala


Sherap Dorjee

Sherap Dorjee a grandi dans un village de paysans de la vallée de Karak, dans l'ouest du Tibet. Il s'initie dés l'enfance aux instruments tibétains au contact de son père, musicien réputé dans la région. En 1970, sa famille décide de fuir le Tibet occupé par les chinois et se réfugie de l'autre coté de la frontière, au Ladakh (Inde), où Sherap vit toujours, enseignant la musique dans une école tibétaine. Il est l'un des très rares musiciens de la communauté tibétaine en exil à maîtriser la technique du kovo, généralement délaissé au profit du danyen, plus facile à jouer et à enseigner.


• Remerciements à Sonam Tsering et sa famille pour nous avoir prêté leur maison comme studio d'enregistrement. Remerciements également à Gilbert Leroy, Yeshi Lundhup, Dalha Tsering et Gyalpo Tashi.


ALTAMIRA est une association à vocation éducative, culturelle et solidaire, dont les projets consistent principalement à associer musique et développement rural.
Pour plus d'information : Altamira - 12 place de la Résistance à 93200 Saint Denis - FRANCE http://www.altamiraworld.net - contact@altamiraworld.net

Ce disque a été produit avec le soutien de l’AIDE A L'ENFANCE TIBETAINE. Grâce à ses 3000 parrains, cette association française permet à 3500 enfants tibétains réfugiés en Inde et au Népal de bénéficier d'une scolarisation en langue tibétaine dans les écoles mises en place par le gouvernement du Dalai Lama. Ces écoles visent entre autres à préserver et transmettre la culture tibétaine, grâce notamment au travail d'enseignants comme Sherap Dorjee. Pour en savoir plus : Aide à l'Enfance Tibétaine - 8 rue des Boulangers - 75005 Paris - FRANCE - 01 46 33 76 31

Lors de nos travaux au Ladakh, nous avons reçu la précieuse assistance du TIBETAN ENVIRONMENT NETWORK, association locale se consacrant à l'éco-développement de la communauté tibétaine réfugiée au Ladakh. Pour les soutenir : T.E.N. c/o Dalha Tsering - 10, Dunstable road - Richmond, Surrey - TW9 1UH - ROYAUME UNI http://www.aptibet.org - dalha@aol.com