Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima - Penderecki


Cette œuvre a été composée en 1959 pour un ensemble à cordes de 52 musiciens : 24 violons, 10 altos, 10 violoncelles et 8 contrebasses.

Penderecki (prononcer "pèndérétski" !!)

Contexte historique :
Dans cette oeuvre, il évoque et dénonce un des plus grands drames humains du XXème siècle, le largage par les Américains de la 1ère bombe atomique sur Hiroshima (Japon) le 6 août 1945 (140 000 victimes). La guerre en Europe était terminée (8 Mai 1045) mais les Japonais ne voulaient pas se rendre. Il y a eu une deuxième bombe sur Nagazaki, le 9 Août 1945.

Message que l’auteur a voulu transmettre :
A l’origine, cette oeuvre s’appelait « 8’37min », durée de l’attaque sur Hiroshima ; cette musique est un hommage aux victimes.
Un Thrène est un chant de douleur, de lamentations pratiqué par les poètes de la Grèce antique.
Cette oeuvre traduit les sentiments de détresse et d’angoisse d’une population qui subit l’horreur d’une attaque atomique.

Moyens utilisés par l’auteur :
L’orchestre est utilisé de manière peu traditionnelle, 52 instruments à cordes créent des atmosphères particulières. Les possibilités sonores des cordes sont poussées à l’extrême, procurant des sensations sonores inédites. Il n’y a pas de pulsation rythmique. Il n’y a pas non plus de mélodies mais uniquement des atmosphères, des climats. Exemple d’utilisation « spéciales » « d’instruments à cordes : sons produits avec le bois de l’archet (col legno)...

Relation de cette oeuvre avec d’autres arts :
Le tableau Guernica de Picasso, des affiches, des monuments aux morts ou des sculptures qui dénoncent les massacres générés par les guerres...




Analyse de l'oeuvre :

Le langage musical utilisé par Penderecki est ainsi décrit pas Francis Bayer dans son ouvrage De Schoenberg à cage, essai sur la notion d’espace sonore dans la musique contemporaine, édition Klincksieck, 1981, pages 134 et 135 : l’œuvre « repose très précisément sur un jeu d’alternance entre continuité et discontinuité. On peut très schématiquement diviser l’œuvre en cinq séquences successives qui s’enchaînent le plus souvent les unes aux autres par tuilage » (...) « L’œuvre se termine par un cluster de cinquante deux sons qui ne dure pas moins de trente secondes et constitue le bloc sonore le plus épais de toute la partition ».
« Le traitement de l’espace sonore... semble donc pouvoir être défini par une dialectique du continu et du discontinu, du simultané et du successif (...) Il y a dans l’œuvre de Penderecki, comme dans beaucoup d’autres œuvres symphoniques de compositeurs polonais contemporains (Serocki ou Gorecki), une sorte d’évidence plastique de l’énoncé musical qui fait que les formes se spatialisent concrètement devant nous ».


— formation instrumentale : 52 instruments à cordes (24 violons, 10 altos, 10 violoncelles et 8 contrebasses)


— tempo : pas de tempo, pas de pulsation; on parle de temps lisse


— nuances : intensité stable ou contrastée


— forme : organisée, mais il n'y a pas de thème


— caractère : (entourez les adjectifs qui semblent le mieux correspondre à ce que dégage la musique)
affolant – poétique – attendrissant – brutal – reposant – alarmant angoissant menaçant – passionné – terrifiant virulent – gracieux – inhabituel violent agressif pesant – divertissant - confus


— remarques : une "Thrène" est un chant de douleur et de deuil chez les grecs anciens.


Cette composition est dédiée aux victimes d'Hiroshima et de toutes les guerres. Au départ, Penderecki l'avait appelé 8'37, ce qui correspond à la durée de l'attaque d'Hiroshima le 6 août 1945. Il l'a ensuite changé pour Thrènes à la mémoire des victimes d'Hiroshima pour une meilleure compréhension du public.


La ville, après l'explosion nucléaire


Pour aborder cette audition, nous devrons donc utiliser un vocabulaire nouveau : cluster*, nuage de sons, glissando*, col legno, vibrato pour l’utilisation des cordes.
— Notion du temps musical strié ou lisse.
— Dissonance (musique atonale*), glissando, unisson, cluster etc.


Vocabulaire :

* mode atonal : Technique qui consiste à privilégier les dissonances, en opposition au système tonal de la musique classique.

* glissando (des glissandi) : glissement continu d'une note à une autre.

* cluster : masse de sons dissonants.

* Pizzicato : consiste à pincer les cordes avec les doigts de la main droite au lieu d'utiliser l'archet. On le note pizz. au niveau des notes concernées, et on spécifie la reprise de l'archet par arco.

* Glissando : terme musical générique d'origine italienne qui désigne soit un glissement continu d'une note à une autre, soit le passage d'une note à l'autre par un groupe de notes intermédiaires.

* Col legno : avec le bois, jouer avec le bois de l'archet.



Guide d’écoute :

— 1ère partie : de 0 à 1’25 début : entrées décalées des groupes de cordes sur les notes les + aigues possibles, sons tenus, stridents, registre suraigu cris, hurlements. Ensuite, les sons tenus se transforment en oscillations les hurlements se transforment en plaintes.

2ème partie : de 1’25 à 2’18 : sons martelés (col legno) sur le bois de l’archet, notes très rapides passant dans toutes les voix panique, désordre.

— 3ème partie : de 2’18 à 4’25 : glissandi des cordes, clusters = blocs de sons compacts sirènes, angoisse, stupeur.

— 4ème partie : de 4’25 à 5’10 : Suite des dissonances, clusters en crescendo...

— Thrène, suite : divers modes de jeux contemporains.