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Typologie des idiophones (ou autophones)



Cette famille rassemble les instruments qui ne sont ni à corde(s), ni à membrane(s), ni à vent. Ils sont fait de matières rigides (végétales, animales ou minérales : bois, bambou, corne, métal, pierre, plastique, verre...) par opposition aux matières dites souples ou élastiques que représentent les cordes, les membranes et l’air. Le terme idiophone vient du latin "idio" qui renvoie à la notion de "soi-même". Nombre de ces instruments présentent une structure simple et c’est la totalité de l’instrument même (idio) qui vibre, qui produit le son (phoné). C’est le cas du gong qui vibre entièrement, du wood-bloc, des cloches...
Les idiophones se subdivisent selon leur mode d’ébranlement. On relève cinq mouvements fondamentaux (mais tout n’est pas si simple !) :

  • frappement (ex. xylophone ; implique un élément frappant et un élément frappé, en général immobile) qui se décline, selon les cas, en :
    • entrechoc (ex. castagnettes ; les deux éléments frappé-frappant sont jumeaux et mobiles, l’un va à la rencontre de l’autre)
    • pilonnement (ex. bâtons pilonnés ; en général, élément frappé par plusieurs percuteurs)
  • secouement (ex. hochet ; la cloche occidentale est secouée : son battant est interne et solidaire ; la cloche orientale ou africaine est un idiophone par frappement car son battant est externe et en général détaché de l’élément principal)
  • pincement (ex. guimbarde)
  • raclement (ex. crécelle)
  • frottement (ex. verres en cristal ; certains idiophones à entrechoc passent dans cette catégorie selon le mode de jeu : c’est le cas des cymbales qui sont tout autant entrechoquées que frottées).
Le geste permettant la mise en branle des idiophones résulte la plupart du temps d’un mouvement effectué par un être humain. Mais il peut s’agir aussi d’un animal dans le cas des cloches pastorales ou du vent dans le cas par exemple de ce qu’on appelle des épouvantails sonores (idiophones par secouement).
Les idiophones constituent probablement la famille instrumentale la plus répandue et les plus diversifiée de par le monde.

Idiophone par frappement

Elément vibrant (corps plein ou creux de formes variées - bâton, plaque, poutre, disque, lame...) frappé par un percuteur dont la forme et la matière est très importante (elle peut modifier la sonorité de l’instrument - traditionnellement, on ne change pas de percuteur pour changer de sonorité comme c’est le cas dans l’orchestre classique contemporain).
Quelques exemples : xylophone, métallophone, lithophone, tambour de bois, carillon, cloche à battant externe, gong, bols, steel drum...


Xylophone d’Afrique de l’ouest.
Souvent connu sous le nom de bala, balan, aussi appelé à tort balafon (qui signifie « joueur de bala »).

Idiophone par entrechoc

Comme on l’a souligné plus haut, les deux éléments frappés sont identiques : l’un est le percuteur de l’autre et vice et versa. L’un va, en général, à la rencontre de l’autre.
Quelques exemples typiques : cuillères, cymbales, castagnettes, claves, crotales (attachées aux doigts).


Cymbalettes chinoises et crotales indiens.

Idiophone par pilonnement

Le percuteur est mobile, et en général il est "pluriel", l’élément vibrant est stable et dur (terre, mortier, pierre...).
Il existe de nombreux exemples de par le monde, qui restent très locaux. On peut entendre un enregistrement d’idiophone par pilonnement dans le disque de G. Dournon et J. Schwarz (Coll. CNRS, Musée de l’Homme. Ed. Le chant du monde, exemple des Iles Salomon…). Il s’agit de plusieurs tubes de bambous de tailles différentes tenus par des femmes dans chacune de leurs mains, et parfois aussi par leurs pieds, qu’elles frappent sur des pierres). Le bâton de rythme du chef d’orchestre à l’époque baroque est aussi un exemple d’idiophone par pilonnement (même s’il s’agit d’un élément unique).

Idiophone par secouement

Il s’agit surtout :
- du grelot (récipient fendu ou cage avec un élément unique mobile)
- du hochet (récipient fermé contenant des éléments mobiles appelés grenaille)
- du hochet-sonnailles (la grenaille, cousue à un filet, est autour du récipient)
- des sonnailles (réunion d’éléments homogènes ou hétérogènes en grappe)
- de la cloche (élément ouvert avec un battant interne suspendu à l’intérieur du corps principal)


Cette série de cloches en fer (en bas) et en bronze (en haut – noter que celles-ci sont doubles : le battant est une petite cloche) constitue l’équipement d’un troupeau balkanique jusque dans les années 1920 (environ). Les cloches en bronze faisaient l’objet d’un accordage le plus précis possible. Celles en fer servaient de "bourdon" dans l’ensemble. Cet ensemble témoigne d’une tradition pastorale disparue aujourd’hui qui se pratiquait de l’Albanie à la Turquie, en passant par la Grèce, la Macédoine, la Bulgarie -comme c’est le cas ici dans les Rhodopes.


Idiophone par pincement

Idiophone par pincement d’un ou de plusieurs éléments :
- languette fixée ou découpée dans un cadre (guimbarde)
- lamelles sur une plaque ou une boîte (sanza)


Sanzas (large portion de l’Afrique centrale).


Idiophone par raclement

Idiophone par raclement d’une surface ou d’un bord cranté :

  • corps plein (racleur en os préhistorique par ex.)
    • roue crantée tournant autour d’un axe (ex. crécelle)
    • plaque ou planche crantée (ex. washboard)
  • corps creux (ex. en courge reco reco brésilien, guiro cubain).



Crécelle (à gauche) et guiro cubain à droite.

Idiophone par frottement

Idiophone par frottement (ex. quasiment exhaustifs) :

  • scie musicale
  • verres en cristal (glass harmonica)
  • bols chantant (dit bols tibétains) (qui peuvent être frappés)
  • bloc de bois (en Nouvelle Irlande)
  • carapace de tortue (au Mexique)
  • cymbales (qui sont surtout entrechoquées)



Bols de bronze ou d’alliages divers possédant de remarquables qualités acoustiques. Le bol peut être effleuré sur tout son pourtour dans un geste circulaire (comme les verres en cristal mais avec une mailloche) ou frappé avec la mailloche. Provenant des régions himalayennes, ces bols sont souvent nommés "tibétains" à tort car aucun ouvrage tibétain ne mentionne l’existence et l’utilisation de tels instruments et aucun terme n’existe pour les désigner. Ils sont par contre utilisés frappés dans le bouddhisme japonais. Si des chercheurs ont pu voir (très rarement) ces instruments utilisés, il semble que l’appellation "tibétaine" soit usurpée et le fruit d’une vogue plutôt récente.
On lira avec intérêt le texte que Mireille Hellfer consacre à ces bols chantant dans son ouvrage "Mchod-rol, les instruments de la musique tibétaine", pages 327-329 (CNRS éditions, Paris 1994).