Depuis la renaissance, les musiciens associent une signification à l’emploi des « tons », qu’ils nomment modes (théorie de l’ethos des modes ou « énergie des modes », terme repris par Charpentier en 1690). Jusqu’au XVIIIe siècle, on distinguait fortement, à la perception auditive, chacune des tonalités car le tempérament inégal conférait à chacune une couleur particulière. Pour un théoricien proche de Bach comme Mattheson (Das Neueröffnete Orchester, 1713), le « langage des bienheureux en toute éternité » (la musique) évolue dans des sphères tonales directement reliées aux passions.
MATTHESON
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M.A. CHARPENTIER dans ses règles de composition |
C.F.D. SCHUBART dans ses « Ideen zu
einer Ästhetick der Tonkunst 1784 |
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Bien
qu’UT maj. soit marqué d’une
certaine teinte d’insolence et de grossièreté on peut l’utiliser pour des
réjouissances à condition de se trouver dans une situation où on laisse
s’exprimer l’allégresse. Mais un habile compositeur saura conférer plein de
charme à ce ton et ainsi s’en servir tout aussi bien dans l’expression du
tendre surtout s’il sait choisir les instruments d’accompagnement |
Gai et guerrier
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Parfaitement
pur. Innocence,
naïveté, c’est le langage des enfants. |
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Ut mineur est un ton très aimable
mais aussi triste en même temps il peut porter facilement à la somnolence
convient aussi pour le deuil ou pour une sensation caressante |
Obscur
et triste |
Déclaration
(ou déploration) amoureuse |
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RE maj. est vif, indépendant par
nature, piquant, opiniâtre. C’est le
ton le plus apte à exprimer la gaieté bruyante, martiale, l’incitation au
courage. On ne saurait toutefois contester que malgré sa violence il ne soit
capable de donner quelque agréable matière à l’expression de la délicatesse,
surtout si la flûte remplace la trompette et le violon la timbale. |
Joyeux
et très guerrier |
Tonalité
du triomphe, de l’Alléluia, joie de la victoire… |
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Ré mineur est humble, apaisant.
Toutefois ce ton n’en exprime pas moins la grandeur, le plaisir et la
satisfaction et cela lui permet d’inciter à la dévotion dans la musique
d’église et à la sérénité dans la vie quotidienne. Il
ne faut pas exclure une utilisation dans le domaine de la gaieté alors même
qu’elle n’est pas jaillissante mais plutôt d’un cours égal. |
Grave
et dévot |
Spleen,
idées noires (féminin) |
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Jamais
grave ni plaintif ou au contraire exubérant Mib MAJ est un ton très pathétique |
Cruel
et dur |
Tonalité
de la dévotion, de la conversation divine avec Dieu, de la Trinité (3 bémols) |
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Exprimant
la tristesse la plus inconsolable, la plus mortelle, MI maj. est le ton qui convient le mieux aux circonstances les
plus désespérés et aux personnes éprouvant les passions extrêmes de l’amour.
Il a parfois quelque chose de si pressant une telle affliction que cela ne
peut être comparé qu’à la séparation fatale de l’âme et du corps |
Querelleur
et criard |
Allégresse
bruyante, sans un sentiment de jouissance complètement abouti |
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Il
serait bien difficile de se servir de mi
mineur pour exprimer l’entrain. Qu’on le veuille ou non ce ton nous rend
pensif, nous incite à la profondeur, au trouble, au chagrin, mais de telle
manière qu’on en éprouve l’espoir du réconfort. On peut lui consacrer des
pièces rapides. Elles seront assez allègres mais ne saurait franchement
exprimer la joie. |
Féminin-amoureux
et plaintif |
Féminin : Déclaration
d’amour innocente, plainte sans larmes |
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FA maj. est le ton de la fermeté,
de la persévérance, de la magnanimité, de la vertu. On ne saurait mieux
décrire la sagesse, la bonté de ce ton qu’un le comparant à un homme beau,
qui réussit tout ce qu’il entreprend vite et bien et qui a bonne grâce comme
disent les français. |
Furieux
et emporté |
Tonalité
de la complaisance et du repos. Stabilité |
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Résigné,
modéré, fa mineur exprime
l’angoisse du cœur, profonde, lourde. C’est le ton du doute. Il produit une
mélancolie noire et désespérée et plonge ses auditeurs dans la grisaille au
point de leur donner le frisson. |
Obscur
et plaintif |
Mélancolie
profonde, obscurité tombale |
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SOL maj. a quelque chose en lui
qui amène à la confiance, au bagout et pour cet usage il n’est nullement
négligeable. Il convient aussi bien à l’expression du sérieux que du joyeux. |
Doucement
joyeux |
Champêtre,
idyllique : reconnaissance envers une amitié sincère ou un amour fidèle. |
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Sol min. c’est peut être le plus
beau des tons, car non seulement il mêle au sérieux du sol maj. une tendresse
pleine d’agréments mais il l’accompagne d’élégance et de goût. Cela lui donne
une aisance, une souplesse infinie pour traduire à la fois l’affection et
l’apaisement, le désir ardent et l’enjouement, tout comme le chagrin furtif,
la joie sereine. |
Sévère
et magnifique |
Mécontentement,
malaise ; agacement d’un projet avorté, mauvaise humeur. |
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LA maj. doit saisir. Malgré son
caractère très agressif, ce ton éclatant se prête pourtant davantage à
l’expression des passions plaintives et tristes qu’à celles des
divertissements. A
noter qu’il convient admirablement aux violons |
Joyeux
et champêtre |
Ton
de la confiance en Dieu, de la gaieté juvénile, de la joie de vivre… |
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Le
ton de la min. possède un
caractère majestueux et grave mais néanmoins plaisant voir flatteur. En fait
il est par nature plutôt modéré, un peu plaintif, digne, tranquille invitant
même au sommeil. Il
peut être utilisé pour traduire quasiment tous les mouvements de l’âme. Le
public apprécie sa douceur. |
Tendre
et plaintif |
Féminin :
doux et dévot |
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SIb maj. caractérise le
divertissement fastueux bien qu’il garde souvent une certaine modestie. En
fait ce ton peut selon les circonstances convenir au magnifique qu’au mignon
comme disent les français Parmi
les autres qualités qu’on lui attribue on ne saurait lui daigner qu’il emmène
l’âme vers les sommets |
Joyeux
et magnifique |
Amour
enjoué, bonne conscience, espoirs… |
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SI maj. possède un caractère
contrariant, dur, désagréable. En outre ce ton a quelque chose de désespéré.
Il est rarement employé |
Sévère
et plaintif |
Tonalité
très colorée, c’est celle des passions extrêmes (colère, jalousie…) |
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Si mineur est bizarre, maussade,
mélancolique Mais à cause de cela il apparaît rarement. C’est peut-être la
raison pour laquelle les anciens l’avait banni de leurs monastères |
Solitaire
et mélancolique |
Tonalité
de la résignation sereine, douce plainte |