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Ferré - Requiem



Requiem figure pour la première fois dans l’album Je te donne, paru en septembre 1976 (le chanteur a 60 ans). Le terme Requiem fait référence à la messe des morts du culte catholique et de son incipit : Requiem æternam dona eis Dominum [Seigneur, donne-leur le repos éternel].

Léo FERRE en fait un Requiem laïque.




Définition du Requiem (tirée de Wikipédia)
Le Requiem (du latin requiés signifiant repos) ou Messe de requiem, connu aussi en latin sous le nom de Missa pro defunctis ou Missa defunctorum est un service liturgique de l’Église catholique romaine. Cette messe est une prière pour les âmes des défunts et a lieu juste avant l’enterrement ou lors de cérémonies du souvenir. Ce service est parfois observé par d’autres Églises Chrétiennes comme les Églises Anglicane et Orthodoxe. Son nom vient des mots d’ouverture de l’Introït : Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis (donne-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière incréée les illumine).
Requiem est aussi le nom de nombreuses compositions musicales utilisées lors du service liturgique ou comme pièce de concert. À l’origine, ces compositions musicales classiques de requiem étaient réellement jouées pendant le service funèbre avec des chants. Ce mode d’exécution est à présent rare.

Le texte

Pour ce rythme inférieur dont t’informe la Mort
Pour ce chagrin du temps en six cent vingt-cinq lignes
Pour le bateau tranquille et qui se meurt de Port
Pour ce mouchoir à qui tes larmes font des signes

Pour le cheval enfant qui n’ira pas bien loin
Pour le mouton gracieux le couteau dans le rouge
Pour l’oiseau descendu qui te tient par la main
Pour l’homme désarmé devant l’arme qui bouge

Pour tes jeunes années à mourir chaque jour
Pour tes vieilles années à compter chaque année
Pour les feux de la nuit qui enflamment l’amour
Pour l’orgue de ta voix dans ta voix en allée

Pour la perforation qui fait l’ordinateur
Et pour l’ordinateur qui ordonne ton âme
Pour le percussionniste attentif à ton coeur
Pour son inattention au bout du cardiogramme

Pour l’enfant que tu portes au fond de l’autobus
Pour la nuit adultère où tu mets à la voile
Pour cet amant passeur qui ne passera plus
Pour la passion des araignées au fond des toiles

Pour l’aigle que tu couds sur le dos de ton jeans
Pour le loup qui se croit sur les yeux de quelqu’un
Pour le présent passé à l’imparfait du spleen
Pour le lièvre qui passe à la formule Un

Pour le chic d’une courbe où tu crois t’évader
Pour le chiffre évadé de la calculatrice
Pour le regard du chien qui veut te pardonner
Pour la Légion d’Honneur qui sort de ta matrice

Pour le salaire obscène qu’on ne peut pas montrer
Pour la haine montant du fond de l’habitude
Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé
Pour ces milliards de cons qui font la solitude

Pour tout ça le silence.


  • Ce texte est constitué de huit quatrains d’alexandrins aux rimes croisées. C’est un poème d’offrande adressé à tout un chacun : aux innocents (Pour le cheval enfant qui n’ira pas bien loin, Pour le mouton gracieux le couteau dans le rouge), mais aussi au monde entier (Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé)... Qu’ils reposent en paix et pour eux Léo Ferré demande… le silence. Il se termine sur un seul vers de 6 pieds (Pour tout ça le silence.)
  • Chaque vers commence par "Pour..." (anaphore)
  • Niveau de langage proche de "Avec le temps" mais plus de langage du quotidien que recherché
  • Texte évoquant la vie moderne de la 2ème moitié du XXème siècle (autobus / jeans / calculatrice/ ordinateur...)


La musique


  • chanson qui dure longtemps (7 mn)
  • caractère plutôt mélancolique
  • tempo lent (adagio)
  • tonalité Ré majeur ( en Mib majeur dans l’enregistrement)
  • harmonies recherchées (on observe souvent des effets de dissonances créées par des retards ou des notes de passage comme dans "Avec le temps")
  • structure en deux grandes parties : A et B

A comprend les strophes 1 à 5
B comprend les strophes 6 à 8
-> à l’intérieur de ces 2 parties, la structure est strophique puisque chaque strophe est écrite sur la même musique à quelques notes près.
- il y a un effet de progression au fil de la chanson

Partie A
* pour les deux 1ères strophes : alternance 1 strophe chantée / la même strophe parlée
* pour les strophes 3 et 4, seul le dernier vers est parlé
* pour la strophe 5, plus de paroles

Partie B
les 3 dernières strophes s’enchaînent pour aboutir à la phrase la plus importante de ce poème (qui est parlée) "pour tout ça, le silence"
- on retrouve cet effet de progression dans l’évolution des lignes mélodiques
il y a une progression par pallier vers l’aigu, chaque vers évolue vers l’aigu :
la grave / ré grave / si aigu / mi et la aigu :




  • la mélodie est déclamée avec alternance de chant et de voix parlée
  • la mélodie est conjointe, souvent recto-tono écrite sur un ambitus de 13ème (sol/mi), elle suit la rythmique du texte mais reste en binaire
  • l’orchestration : l’effet de progression dans l’évolution des lignes mélodiques est renforcée par l’orchestration. Présence d’un orchestre symphonique.

Partie A : au fil des strophes, l’effectif instrumental se renforce progressivement.
Partie B : tout l’orchestre symphonique avec un effet de crescendo au cours des trois strophes jusqu’à un arrêt brutal.

Analyse détaillée


Partie A

Strophe 1 : harpe en notes répétées
+ notes tenues des violons
+ contrechant à la flûte traversière
+ notes tenues aux altos puis aux violoncelles
Reprise parlée de la strophe 1 :
arpèges à la harpe
+ mélodie expressive et chantante au violoncelle

Strophe 2 : accords tenus aux cordes frottées
+ contrechant au hautbois
+ choeur mixte sur ah en sourdine
+ notes répétées aux violoncelles et contrebasses
Reprise parlée de la strophe 2 :
arpèges au piano
+ accords tenus aux cuivres
+ choeur mixte sur ah dans une nuance plus forte

Strophe 3 : 2 cors sur des notes répétées
+ accords tenus aux cuivres et aux cordes frottées graves
+ contrechant aux violons I et bois

Strophe 4 : accords tenus au synthétiseur
+ 1 percussion (timbale) qui joue un rythme évoquant le battement d’un coeur
+ contrechant d’une voix de soprano solo sur ah
conclusion sur un accord de synthétiseur (son d’orgue électronique) avec choeur en sourdine
-> l’instrumentation est tout à fait en accord avec le texte (ordinateur / électrocardiogramme)

Strophe 5 : arpèges de harpe + accords tenus aux cordes frottées
+ contrechant au cor anglais
-> crescendo avec trémolos des cordes après le vers « des araignées au fond des toiles »

Partie B

Strophes 6, 7 et 8 enchaînées
Accompagnement très différent :
notes répétées en double croches à certains bois et cuivres et la percussion tandis que d’autres font un contrechant en contretemps, cela donne un caractère haletant à l’ensemble
+ accords tenus aux cordes frottées et notes tenus sur ah au choeur
-> jusqu’à la fin, des instruments s’ajoutent jusqu’à ce que tout l’orchestre soit présent = grand crescendo
-> arrêt brutal. On n’entend plus que la résonance des voix sur un accord en bouche fermée pendant quelques secondes. Quand le silence se fait, FERRE déclame le vers principal de sa chanson "Pour tout ça, le silence".






Autres requiems

Dans le domaine de la chanson : Requiem pour n’importe qui (Georges Moustaki), Requiem pour un amour (Catherine Lara), Requiem pour un con, Requiem pour un twister (Serge Gainsbourg), Requiem pour un fou (Johnny Hallyday)...

Ecoutes :
Requiem pour un twister de Serge GAINSBOURG (1962)
Requiem pour un con de Serge GAINSBOURG (1968)
Requiem pour un fou chanté par Johnny HALLYDAY (1976)

Dans le domaine classique le site Requiem survey recense plus de 3000 Requiem !
Une cinquantaine de ces derniers sont passés à la postérité ; citons ceux de Berlioz, Brahms, Britten, Campra, Duruflé, Dvorak, Fauré, Mozart, Saint-Saens, Schumann et Verdi.