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    samedi 3 octobre 2009

    Le classicisme


    Le terme « classique » vient du latin « classicus » (= de 1er ordre, ce qui excelle). C’est ce qu’on étudie dans les classes, qui peut être proposé comme modèle. La musique classique s’oppose au folklore, au jazz, à la variété, au rock mais on parle aussi d’un classique de la chanson (le terme classique est utilisé en tant que modèle d’un genre).
    C’est aussi un style, une école littéraire (c’est le siècle de Louis 14). Il s’est développé à l’imitation du classicisme grec (Périclès) ou romain (Auguste). Pour les musiciens c’est aussi l’ensemble de la musique composée de 1750 à Beethoven. Le classicisme littéraire n’est pas contemporain au classicisme musical. Le terme « classique » n’apparut qu’en 1825 avec un sens réactionnaire, par opposition aux idées et au goût du jour.
    En musique, le classicisme est la seconde moitié du 18è siècle. Au milieu du 18è siècle, à la mort de Jean Sébastien Bach, un tournant important, à partir de la musique baroque, s’établit. Date de la mort de Bach, 1750 correspond symboliquement à une nouvelle manière de sentir. C’est au milieu du siècle que le « style galant », décelable dès 1730 chez les Italiens Pergolèse et Sammartini, se propage, en se teintant de préromantisme, à Mannheim, Vienne, Paris, Londres et Madrid. En insufflant densité et cohérence à ces structures un peu grêles, à ces mélodies périodisées, déployées au-dessus d’une « basse d’Alberti » ou d’accords battus, Haydn et Mozart forgeront peu à peu le « style classique ». Le double enjeu du classicisme réside dans l’universalité et l’autonomie du musical. Animés de l’espoir qu’il existe une Vérité, propre à satisfaire le concert des nations, tous oeuvrent dans le même sens. De ce point de vue, peut-être est-il abusif de parler de « classicisme viennois », mais la position géographique de l’Autriche la prédisposait de longue date à tenir le rôle de leader dans la quête d’un art universel. La fusion des styles paraît réalisable depuis la mise au jour de lois tonales qui semblent rendre inébranlable la notion d’un principe unique et « naturel » (la résonance du corps sonore) pour fonder et hiérarchiser toutes les fonctions de la musique. De la brève appoggiature à la grande dissonance qu’est le développement, toute tension tend vers sa résolution, selon un système d’attraction comparable à la gravitation newtonienne. En affirmant sa signification immanente, la musique commence d’échapper aux arts d’imitation et aux codes sémantiques si patiemment forgés. Aux côtés de la musique vocale, toujours florissante, la musique instrumentale acquiert de ce fait, et pour la première fois de son histoire, un statut à part entière.
    Paradigme du style classique, la sonate l’est devenue pour son exemplaire cohérence. Son équilibre architectural tripartite épouse le déroulement dramatique exposition – péripéties – dénouement, et à ce titre elle peut structurer tant les compositions vocales (à grande ou petite échelle) que des oeuvres instrumentales de toute formation. Reposant sur un « bon tempérament », le couple thème – tonalité engendre la dialectique de l’exposition (deux groupes thématiques, l’un à la tonique, l’autre à la dominante, ou au ton relatif majeur si la sonate est en mineur) qui va s’exaspérant dans le développement et trouve sa résolution dans la réexposition (entièrement à la tonique), lieu de réconciliation et du retour à l’ordre. Action muette où s’affrontent des thèmes-héros, la sonate est une sorte d’« intrigue », inspirée de la rhétorique du récit, qui s’achemine vers une fin : l’accord parfait majeur.

    Caractères généraux du classicisme

    Un art toujours épris de grandeur

    Art d’une majesté qui ne tombe jamais dans la démesure.

    Un art d’équilibre

    C’est un art qui équilibre raison et passion mais aussi la volonté de l’artiste et son inspiration, sa destinée. Art qui équilibre l’individualité et la collectivité, la société.

    Un art universel

    C’est un art universel car il prend ses modèles, ses sujets dans l’Antiquité ou souvent dans la mythologie pour peindre l’éternel coeur humain, la sensibilité humaine dans ce qu’elle a d’éternel.

    Un art favorisant l’unité

    On évite de mélanger les genres. Musique simple, claire et accessible à tous. De plus c’est un art qui ne rejette pas les éléments populaires.

    Un art qui imite la nature

    Il imite la nature par soucis de vérité. Il faut rejeter l’artificiel (son horreur de l’artificiel va jusqu’au refus de paraître en tant qu’art). Cet art se fonde aussi sur des règles connues de tous, assimilées par tous qui n’ont comme justification que le classicisme permette de toucher l’auditeur, de lui plaire.

    Un art de la litote

    Atténuation du discours, dire moins pour suggérer plus. La litote est le mode d’expression le plus puissant puisque, à l’inverse de l’exagération, elle dit plus qu’elle ne semble dire.

    Un acte créateur original

    Acte créateur original qui sait inventer la forme spécifique convenable à l’idée que l’on veut imiter.



    Quelques aspects du classicisme musical


    L’harmonie (écriture verticale : lignes d’accords) s’impose sur le contrepoint (écriture horizontale : lignes mélodiques). La composition devient plus libre, le style et les émotions de l’artiste apparaissent dans la musique des artistes : le classicisme est comme une transition entre le baroque et le romantisme. Le piano, l’orchestre symphonique et le quatuor à cordes voient progressivement le jour.


    Les précurseurs

    Les signes montrant à quel point ces principes classiques ont trouvé écho chez les musiciens avant la période dite classique sont 2 citations que voici : « J’aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend » disait Couperin ; et « Je tâche de cacher l’art par l’art même » (Rameau).
    On fait généralement aller la période classique de la mort de J.S. Bach (1750) à celle de Beethoven (1827) en distinguant une phase préparatoire ou préclassique de 1750 à 1770 (avec encore quelques éléments du langage baroque) et l’apogée de la phase suivante (le classicisme proprement dit) qui voit s’épanouir le classicisme viennois avec la maturité de Haydn, Mozart et Beethoven (leur style est uniforme et avec un langage musical strict).
    Des 3 grands classiques, Haydn est naturellement celui qui reste le plus près du baroque, Beethoven celui qui annonce le plus clairement le romantisme. Mais leur oeuvre donne à tous trois reflète bien la mouvante réalité de leur temps, lourd d’héritages divers et riche de tendances divergentes, qui ne doivent pas faire perdre de vue ce qui lui donne son unité : le caractère sans précédent de sa musique instrumentale.
    Ces trois grands ont eu les moyens de synthétiser tous les éléments musicaux depuis la fin de l’époque baroque.

    Traditions vocales et nouveautés instrumentales

    La tragédie lyrique ramiste peint la nature humaine avec exactitude et vérité. Il en va de même dans l’esthétique de l’opéra comique qui s’exporte dans toute l’Europe. Gluck transpose la tragédie racinienne au classicisme. L’influence de l’opéra italien est permanente.
    La musique instrumentale subit un renouveau après 1770. Elle connaît un essor extraordinaire qui découle des idées, des formes et du matériel instrumental. On relève deux tendances importantes et contradictoires : la raison (= Aufklarung) et la sensibilité (= Sturm und Drang). D’un côté, goût de la clarté, de la simplicité, de l’universalité dans la musique de divertissement (sérénades, cassations) jusqu’au dernier mouvement de la 9ème symphonie de Beethoven (l’ode à la joie). De l’autre côté, la sensibilité c’est la revendication du moi singulier, besoin que le compositeur a de se justifier, de se confesser, d’exprimer son lyrisme personnel. C’est là que l’âme allemande va trouver son expression la plus authentique.

    Les moyens techniques

    Rien ne distingue mieux le classicisme que l’expression d’un thème. Dans la musique baroque, le thème fut long, orné, souple et difficile à cerner. Certains pensent d’ailleurs que le thème baroque n’existe pas.
    La phrase classique est courte, nettement délimitée, périodique, avec des retours, s’accomplit au sein de la carrure, souvent en cellules de 2 mesures (antécédent, conséquent). La phrase classique a le soucis de la symétrie.
    Le thème classique appelle un développement et peut aussi s’appuyer sur une mélodie populaire. Le style populaire peut gagner la musique savante. A l’opposé, il existe des thèmes plus dramatiques pour les mouvements lents (qui sont lieux d’expression pour le compositeur). Ainsi il y a des contrastes (par exemple, contrastes de nuances, de tonalités, de rythmes), des symétries qui évitent la monotonie.
    Le rythme est lié au thème et il lui donne la netteté de son contour, de son dessin et va permettre la vivacité, la variété des transformations.
    L’harmonie donne souvent naissance au thème. En effet, le thème est souvent issu de l’harmonie. L’harmonie est elle-même fondée sur des arpèges (basse d’Alberti) et des fonctions tonales claires. L’opposition entre la musique verticale et horizontale s’atténue au profit de l’écriture par bloc où fusionnent les deux types.
    Au niveau des tonalités, il y a de plus en plus de modulations et l’ensemble du cycle des quintes est développé.

    La forme sonate

    C’est la forme reine de l’époque classique. Il s’agit d’une grande forme binaire (héritée du baroque) et qui s’identifie au classicisme.
    Les thèmes sont caractérisés par des tonalités différentes et ces thèmes, qui sont protagonistes (thème masculin d’essence rythmique, thème féminin plus mélodique), vont vivre différentes expériences et enfin un dénouement (= conclusion) dans lequel les deux thèmes sont au ton principal (réconciliation des thèmes). L’auditeur vit une sorte d’action comportant, comme au théâtre, une exposition, des péripéties, un dénouement.
    De plus, cette forme donne à l’esprit la satisfaction d’une unité qui se réalise non par appauvrissement mais par synthèse, surmontant sans l’abolir la foisonnante richesse de sa propre pluralité. Le foisonnement thématique et tonal est surmonté en progressant dans l’oeuvre.
    Le problème est une résolution tonale (dans la réexposition). Il faut éviter l’aspect anecdotique de la rivalité entre les 2 thèmes.

    Les progrès de la facture instrumentale


    Il faut noter deux perfectionnements capitaux dans la facture instrumentale : le développement du pianoforte qui est l’instrument souverain, à la mode en 1770 pour son expression.
    Les archets abandonnent la courbure en arc pour être droit voire même concave (avec Tourte).

    L’interprétation

    L’improvisation baroque n’a plus sa place. Les ornements de la musique baroque sont oubliés donc il y a une limitation. L’écrit devient premier, l’ornementation est précisée avec soin et la notion de tempo est donnée. La cadence des concertos est la seule qui reste improvisée.

    Les transformations profondes de l’orchestre, notion de timbre

    L’orchestre symphonique classique compte environ 30 membres où toutes les parties sont écrites et différentes. L’orchestre est incomparablement plus riche que celui des baroques : cors, timbales, contrebasses, les bois par deux, y compris parfois (toujours chez Beethoven) les clarinettes. L’orchestre est donc doté d’un pouvoir expressif nouveau d’où des possibilités de coloris inédites. Il y a une autre conception du travail d’orchestre et naît le principe de la répétition d’orchestre et la présence d’un chef d’orchestre qui n’est pas instrumentiste. Le timbre devient un élément essentiel du langage. Le timbre classique se trouve beaucoup dans le quatuor à cordes (pureté classique, souveraineté du timbre).


    À retenir

    Formations instrumentales : orchestre symphonique et pianoforte.

    Genres : essentiellement instrumentaux (sonate pour clavier, quatuor à cordes, symphonie), opéra, messe, oratorio, concerto, musique de chambre.

    Formes : forme sonate.

    Procédés et caractéristiques du langage : mélodie prédominante, accompagnement en accords, phrase organisée en périodes symétriques (antécédent et conséquent), carrure, diversité rythmique des motifs et travail thématique, harmonie simple reposant souvent sur un balancement entre la tonique et la dominante, disparition de la basse continue, extension des modulations à des tons éloignés (et nombreuses dépressions tonales à la sous-dominante), développement dramatique.

    Charles Rosen insistant sur la tension dramatique qui est au coeur de toutes ces oeuvres, il en vient à définir le style classique comme la « résolution symétrique de forces opposées ».


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    Item Reviewed: Le classicisme Rating: 5 Reviewed By: nicolas martello
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